CENTRE NATIONAL D'ETUDES SPATIALES

Groupe d'Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés

Toulouse, le 26 octobre 1981
N° 256 CT/GEPAN


 

NOTE TECHNIQUE
N° 8


 

Enquête GEPAN n° 79/06

 




Table des matières

AVANT PROPOS

CHAPITRE 1 : PREMIERS ÉLÉMENTS D'ENQUETE

CHAPITRE 2 : ANALYSE DES DISCOURS ET COMPORTEMENTS DES TÉMOINS

CHAPITRE 3 : DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE D'APRÈS UNE ÉTUDE CRITIQUE DES TÉMOIGNAGES DE ROSINE ET LUCILLE

CHAPITRE 4 : ÉTUDE DE LA TRACE

CHAPITRE 5 : DONNÉES COMPLÉMENTAIRES

CHAPITRE 6 : CONCLUSIONS

ANNEXE 1 : APPLICATION D'UN MODÈLE THÉORIQUE DE LA PERCEPTION

ANNEXE 2 : LES PROCÉDURES DE REPÉRAGE DIRECTIONNEL - DISCUSSION ET PROPOSITION DE RECHERCHE

ANNEXE 3 : RECONSTITUTION DU PHÉNOMÈNE FONDÉE SUR L'HYPOTHÈSE D'UN OBJET PHYSIQUE UNIQUE

ANNEXE 4 : EXPÉRIENCES SUR LES PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES D'UN TISSU HERBEUX

 




 

ANNEXE 2

LES PROCÉDURES DE REPÉRAGE DIRECTIONNEL -
DISCUSSION ET PROPOSITION DE RECHERCHE

Jean-Pierre ROSPARS )

 

Sommaire :

  1. - Repérage ponctuel spontané

  2. - Repérage directionnel spontané

  3. - Repérage directionnel corrigé

  4. - Repérage indirect

 

Quelles procédures, Rosine utilise t-elle pour indiquer à 4 reprises différentes ( en P2, P'3, P3 et P4 ; voir fig. 3.2., chap. 3 ) des directions passant si près du point O ?

Il s'agit de résoudre dans ce cas particulier, le problème du repérage spatial* : comment le témoin s'y prend t-il pour indiquer une direction susceptible d'être traduite en azimut ? Quatre procédures au moins peuvent être invoquées que nous appellerons :

  • repérage ponctuel spontané,
  • repérage directionnel spontané,
  • repérage directionnel corrigé,
  • repérage indirect.

* Bien que ce problème soit susceptible d'avoir retenu antérieurement l'attention en psychologie humaine, aucune recherche bibliographique n'a été entreprise préalablement à cette rédaction. Notons qu'il s'agit par ailleure d'un problème classique en éthnologie : Le sens directionnel d'espèces migratrices ou non ( insectes, poissons, oiseaux, etc. ) a fait l'objet de recherches approfondies.

Il importe de déterminer la procédure utilisée dans toute indication de direction car la validité de cette information et l'utilisation qui peut en être faite en dépendent crucialement comme on va le voir.

 

1. - REPERAGE PONCTUEL SPONTANE

Lors de son observation, le témoin note la position au sol du phénomène. Par la suite, lors des enquêtes, il ne fait que désigner ce point dont la détermination est indépendante du point de vue sous lequel il l'observe.
Il est alors naturel que les différentes directions qu'il fournit de cette manière se recoupent exactement sur le point servant de repère. Cette procédure suppose que le point au sol ( O ) possède quelque particularité remarquable qui soit visible des différents points d'observation ( Pi ).

Or, dans le cas qui nous occupe, il est difficile de localiser le point O à partir des maisons en raison des obstacles et de l'absence de tout repère remarquable à proximité ou en arrière plan, ce qui rend peu probable l'emploi d'une telle procédure.

En janvier 1981, pour pallier à cette carence de repérage naturel, nous avions placé en O un piquet de 1,5 m de haut, surmonté d'un mouchoir blanc pour permettre un contrôle direct des déclarations des témoins. Rosine n'aurait elle pas pu utiliser ce fanion pour indiquer les directions P2 et P'3 ( cette interprétation ne peut pas s'appliquer aux directions P3 et P4 relevées en 1979 car nous n'avons pas placé de repère in-situ à l'époque ) ? C'est très peu probable car ce dispositif était extrêmement discret et le plus souvent très difficile à discerner : dans la brume légère et derrière la haie, il était peu ou pas visible pour les enquêteurs, et donc à fortiori pour une personne ignorant sa présence.
Au demeurant si Rosine avait utilisé cet indice, elle aurait dû nous donner en P'3, une direction aussi bonne que celle indiquée en P2. Or cela n'a pas été le cas : de P'3, elle a situé le phénomène à droite du poteau S2 alors que le repère était en fait situé à gauche ( les conditions de recueil de cette information excluent une confusion droite-gauche fréquente chez le témoin ). Quant à l'hypothèse d'une déclaration volontairement erronée pour "faire vrai", elle est peu vraisemblable dans le présent contexte.

 

2. REPERAGE DIRECTIONNEL SPONTANÉ

Cette procédure se distingue de la précédente par le fait que le témoin ne peut pas utiliser directement un repère unique. Il lui faut donc indiquer véritablement une direction en utilisant des repères multiples, différents pour chaque point d'observation Pi. Il y parvient en utilisant uniquement ce qu'il a retenu de la scène perçue le jour des événements.

La détermination de la direction P4 semble bien relever de cette procédure. La déclaration correspondante de Rosine n'a, en effet, été faite que 48 h après les événements et il y a tout lieu de penser que c'était la première fois qu'elle revenait en P4. Il est donc pratiquement certain qu'elle n'a pas pu repérer auparavant, par elle-même ou au cours d'une reconstitution, la direction de la trace vue de P4 pour y conformer son témoignage. On peut en conclure, semble-t-il, qu'elle a été effectivement capable d'indiquer cette direction à l'aide de ses seuls souvenirs, sans utiliser de repères introduits après coup.

 

3. REPERAGE DIRECTIONNEL CORRIGE

Suivant cette procédure, le témoin fournit également une direction en utilisant ses souvenirs. Cependant le souvenir qui le guide n'est pas celui de son observation mais celui d'une expérience postérieure susceptible d'avoir modifié ses impressions originelles.

Une bonne illustration de ce mécanisme est fournie par la direction P3 où, entre autre, Rosine a donné le signal d'arrêt au moment où l'enquêteur passait en O. Cette coïncidence, fort remarquable, doit en réalité être considérée avec prudence car Rosine désigne l'emplacement du phénomène en disant "là où vous étiez tout à l'heure" ( lorsque nous travaillions sur la trace ) et, mieux encore, mentionne que la veille, les gendarmes ont fait une vérification similaire : "Je me suis mise là, dit-elle, ils sont allés là-bas". La direction qu'elle nous indique pourrait donc correspondre autant et même plus à l'image mémorisée de la position des gendarmes, la veille, qu'à celle du phénomène, l'avant-veille. Il n'y aurait eu que demi-mal en l'absence de traces car les gendarmes n'auraient pu se fier qu'aux indications du témoin alors que précisément témoin et enquêteurs ont pu se recaler sur elles. Au demeurant, la seule présence des enquêteurs du GEPAN sur la trace le matin aurait pu servir à ce recalage pour peu que le témoin se soit rendu au portique.

 

4. REPERAGE INDIRECT

Les procédures, que nous venons de discuter, demeurent simples. Le mécanisme réel peut être bien plus complexe, d'une part, en intégrant en proportion variable, suivant les cas, les trois procédures mentionnées, d'autre part, en faisant intervenir les réflexions et déductions du témoin lui-même. Il est évident, en effet, qu'à mesure que le temps passe, la réponse du témoin est de moins en moins un reflet direct de ce qu'il a perçu lors des événements eux-mêmes ( repérages spontanés ). Ces informations entrent naturellement en concurrence avec celles qu'il obtient par la suite, lors des reconstitutions par exemple ( repérage corrigé ) mais également avec celles qui résultent de sa propre réflexion. on se gardera, bien entendu, de penser que les indications "spontanées", fondées essentiellement sur la mémoire, sont vierges de tout processus intellectuel. Toute perception, visuelle par exemple, est le fruit d'une reconstruction et n'a absolument rien à voir avec une reproduction photographique. II est cependant utile de distinguer une élaboration "en temps réel" opérée alors même que les événements se déroulent, et une élaboration "en temps différé" aboutissant à une intégration plus ou moins rationalisée de l'ensemble des informations accessibles au témoin.

Selon cette hypothèse, un témoin sollicité au bout d'un temps suffisamment long d'indiquer la direction d'un point remarquable, n'utiliserait plus sa mémoire visuelle trop affaiblie mais tenterait activement de le situer dans le paysage pour y conformer ensuite ses déclarations. Peu importe alors que ce point soit en tant que tel invisible si, par l'utilisation ( consciente ou inconsciente ) d'indices multiples, le témoin a la possibilité de retrouver intelligemment sa direction. Quelles sont les limites d'une procédure de repérage intégrant intelligemment un grand nombre d'informations de base ? Quelle précision peut-elle atteindre ? Quel pourrait être son mécanisme exact ? Quel rôle le hasard y jouerait-il ? Il est bien difficile, sans expérimentation complémentaire, de répondre à ces questions que nous laisserons ouvertes. Nous nous demanderons simplement s'il est possible de trouver trace d'un tel procédé indirect, d'une telle élaboration, dans les directions fournies par Rosine en 1981.

La direction P'3 en fournit peut-être un exemple sans qu'on puisse conclure véritablement. Comme on l'a vu précédemment, Rosine s'est probablement trompée lors de notre enquête de janvier 1981, en s'arrêtant en P'3 au lieu de P3. Cette erreur présente l'intérêt de fournir des indices précieux sur son procédé de repérage. Admettons, en effet, qu'elle fasse appel à une "image mémorisée". Cette image devrait être celle du phénomène lui-même ( ou bien des enquêteurs de la gendarmerie et du GEPAN ) visible à travers la percée ouverte entre la haie et l'abri de chantier. De toutes les images perçues, c'est à priori la plus claire et la plus renforcée par les enquêtes. Ce qui eût été logique par conséquent, c'est que Rosine, continuant d'utiliser les repères liés à la percée, indique une direction erronée ( passant à une quinzaine de mètres à gauche de O ). Or, elle indique une direction parallèle à P3, et pour cette raison presque correcte ( elle passe à moins de 5 mètres à droite de O), qui intersecte la haie. Tout se passe donc comme si Rosine indiquait une direction sans faire appel à un repérage sur la haie. Si une direction abstraite pouvait au bout de 14 mois l'emporter sur les scènes perçues ce serait bien l'indice d'une forte transformation des données initiales ! Cette explication doit cependant demeurer conjecturale car on peut penser bien plus banalement que Rosine a indiqué une direction tout à fait approximative qui ne s'est révélée à peu près correcte que par un hasard heureux.

Remarquons toutefois pour être complet que l'explication par le hasard ne rend pas compte de la direction indiquée par Rosine à partir du point P2 dans la mesure où elle est donnée avec une précision excellente ( elle passe à 2 m seulement de O ) . Il demeure tentant de faire appel à un repérage directionnel ( spontané ou corrigé ) par "image mémorisée". Mais alors pourquoi cette "image" a-t-elle été conservée pour P2 mais pas pour P'3 ?

Cette question, ainsi que les précédentes, pour être sans réponse, n'en demeure pas moins intéressante. Elles appellent clairement la mise en oeuvre de techniques d'investigation plus approfondies qui permettraient d'obtenir des témoins des informations plus fiables et d'utiliser ces informations de manière plus critique.




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