CENTRE NATIONAL D'ETUDES SPATIALES

Groupe d'Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés

Toulouse, le 26 octobre 1981
N° 256 CT/GEPAN


 

NOTE TECHNIQUE
N° 8


 

Enquête GEPAN n° 79/06

 




Table des matières

AVANT PROPOS

CHAPITRE 1 : PREMIERS ÉLÉMENTS D'ENQUETE

CHAPITRE 2 : ANALYSE DES DISCOURS ET COMPORTEMENTS DES TÉMOINS

CHAPITRE 3 : DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE D'APRÈS UNE ÉTUDE CRITIQUE DES TÉMOIGNAGES DE ROSINE ET LUCILLE

CHAPITRE 4 : ÉTUDE DE LA TRACE

CHAPITRE 5 : DONNÉES COMPLÉMENTAIRES

CHAPITRE 6 : CONCLUSIONS

ANNEXE 1 : APPLICATION D'UN MODÈLE THÉORIQUE DE LA PERCEPTION

ANNEXE 2 : LES PROCÉDURES DE REPÉRAGE DIRECTIONNEL - DISCUSSION ET PROPOSITION DE RECHERCHE

ANNEXE 3 : RECONSTITUTION DU PHÉNOMÈNE FONDÉE SUR L'HYPOTHÈSE D'UN OBJET PHYSIQUE UNIQUE

ANNEXE 4 : EXPÉRIENCES SUR LES PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES D'UN TISSU HERBEUX

 




 

CHAPITRE 2

ANALYSE DES DISCOURS ET COMPORTEMENTS DES TÉMOINS

( M.JIMENEZ )

 

Sommaire :

  1. - Examen individuel des discours des témoins

    • 1.1. - Le témoin Rosine
    • 1.2. - Le témoin Lucile
    • 1.3. - Le témoin Catherine

  2. - Évaluation du PESMProbabilité pour que les Eléments Subjectifs soient Minimum )

  3. - Conclusion de cette analyse

 




 

1. - EXAMEN INDIVIDUEL DES DISCOURS DES TÉMOINS

Rappelons que, selon les méthodes d'études des témoins mises en place actuellement au GEPAN, l'examen individuel des discours des témoins doit précéder l'évaluation du PESM*. Ce dernier s'applique au cas, pendant que l'examen individuel étudie chaque témoin isolément. Cet examen repose sur l'analyse de deux critères :

  • cohérence intra-témoignages,

  • niveau d'implication ( ce dernier analyse les rapports entre le témoin et le témoignage, tels qu'ils apparaissent dans ses discours ).

* P.E.S.M. : Probabilité que les Eléments Subjectifs soient Minimum

Cet examen de la cohérence et du niveau d'implication remplace tout examen de la sincérité qui ne peut être que subjectif, et est prioritaire à toute autre analyse. Nous avons débattu largement de ces deux points dans une récente enquête ( 79/07 ).

Dans le cas présent, nous disposons de quatre documents nous permettant d'examiner les discours de Rosine et de Lucile : le compte rendu du Gendarme SIMON ; les enregistrements des enquêtes GEPAN ( Nov. 79 et janvier 1981 ) et le procès-verbal de Gendarmerie ( dec. 79 ).

Pour Catherine, l'examen sera fait à partir de l'entretien téléphonique ( fév. 81 ).

Dans toute la suite du chapitre, nous citerons exclusivement les termes exacts utilisés par les personnes concernées.

1.1. Le témoin Rosine

  • Examen de la cohérence

    Le témoignage de Rosine est exprimé en plusieurs discours, dessins et reconstitutions. Certains ont été recueillis directement auprès du témoin, par les enquêteurs du GEPAN, les autres sont rapportés par le Gendarme Simon ou dans le procès-verbal de la Gendarmerie.

    Nous traiterons dans cet ordre les données verbales et les dessins, en ajoutant quelques données complémentaires sur les reconstitutions qui seront traitées en profondeur dans un chapitre à part ( chapitre 5 ).

    La cohérence du récit fait au GEPAN est assez grande. Nous n'y percevons qu'une contradiction à propos du "bonhomme", "j'ai vu un bonhomme sortir" s'opposant à "il était déjà sorti" ( enregistrement GEPAN, nov. 79 ). Les incohérences sont plus importantes entre le récit et les dessins faits par le témoin lors de l'enquête. Le dessin du bonhomme représente des détails qui sont en contradiction avec "je n'ai rien vu d'autre ( que la salopette ).., la tête, j'ai pas tellement vu". Une ambiguité apparaît aussi entre la forme "ronde" et le dessin allongé, confirmé par la reconnaissance spontanée d'une photo ( d'un nuage lenticulaire* ) comme analogue au phénomène observé par le témoin.

    Les incohérences sont plus importantes dès qu'on prend en compte les éléments apportés par la Gendarmerie. On peut alors constater une confirmation des contradictions déjà citées, se rapportant à la forme du phénomène ou aux détails du "bonhomme". En particulier, celui-ci est toujours dessiné, en pied, pendant que le récit indique que le témoin "ne pense pas l'avoir vu en entier... Je n'ai pas vu la tète... (ni) les mains". Cela est aussi en contradiction avec le "casque" indiqué par le Gendarme Simon qui se trouve cependant sur le dessin.

    * Représenté dans une plaquette du GEPAN "L'étude des OVNI" fév. 79.

    D'autres contradictions apparaissent en comparant l'enquête du GEPAN et le procès-verbal :

    • les lumières qui semblaient clignoter deviennent fixes,

    • le premier point d'observation du phénomène au sol ( la balançoire ) est rapporté à une pierre proche de celle-ci : "je suis montée sur cette pierre et j'ai aperçu la chose qui avait atterri". Observation qui dure jusqu'à la balançoire : "pendant ce déplacement, je voyais toujours l'engin".

    Les dernières contradictions peuvent être signalées en introduisant le récit du Gendarme Simon :

    • celui-ci indique un déplacement du bonhomme, en contradiction avec les autres récits ( "il ne bouge pas" ),

    • la vitesse qui était peu précise ou lente ( "ça avançait", "pas tellement vite" ) est très détaillée et parfois rapide ( "très, très rapide... et ensuite en oblique lentement" ).

    D'autres éléments du discours et du comportement du témoin permettent, par voie d'interprétation, de mieux cerner les contradictions signalées.

    Rosine nous est apparue, lors de l'enquête, comme une fille très docile et coopérative. Cela semble être un de ses traits de comportement habituel, elle indique par exemple, au début de son récit "elle ( ma mère ) m'a dit de mettre des disques, alors je les ai mis".

    Lors de l'enquête, elle refait, sans se poser apparemment de questions, le dessin de la trajectoire du phénomène dans le but de le faire correspondre à nos attentes supposées : après avoir parlé d'une trajectoire descendante, elle dessine une trajectoire horizontale. Nous le lui faisons remarquer, elle recommence son dessin et indique une trajectoire descendante en disant "vous préférez comme ça ?". Un comportement analogue peut être observé à l'occasion d'un autre dessin de Rosine où elle nous demande : "je fais moins gros ?".

    Il est alors difficile de ne pas penser que les contradictions qui apparaissent dans le récit du Gendarme Simon sont le fruit d'un processus d'influence. La méthode d'interrogation utilisé par celui-ci au téléphone le soir même de l'observation a pu induire certaines réponses au témoin ; réponses qui n'apparaissent plus le lendemain, lorsqu'il est interrogé d'une façon plus souple.

    Certaines données rapportées par Rosine ( et par le Gendarme Simon ) semblent émaner d'une reconstitution à posteriori des événements, en comblant de manière logique les discontinuités spatio-temporelles. Cette reconstitution mentale peut être à l'origine de certaines ambiguïtés et contradictions :

    • la nature du stimulus qui a attiré l'attention du témoin :

      • " un bruit, un sifflement… alors elle a regardé" ... "c'est la vitesse de cette lumière qui l'a intriguée" ( Gendarme Simon ) ;

      • "j'ai entendu un bruit, après j'ai vu quelque chose dans le ciel... Bzzz, un bruit très doucement" ( Rosine durant l' enquête ) ;

      • "tout à coup, j'ai vu passer dans le ciel une chose... cet engin faisait un bruit léger, un peu le bruit que fait une moissonneuse-batteuse lorsqu'elle roule" ( Rosine dans le P.V. de Gendarmerie ).

      Il est à remarquer que cette dernière version sous-entend que le bruit a été remarqué après la vision de la "chose". Il est aussi à rappeler que rien ne permet de savoir si le bruit avait son origine dans la "chose" ou lui est simplement. concomitant.

    • Le déplacement du phénomène du ciel au sol, qui n'a pas été observé par le témoin, nous est rapporté :

      • "ensuite, l'engin a atterri plus lentement et en oblique" ( Gendarme Simon ) ;

      • "ça allait là-bas se poser" ( Rosine - enquête )

      • "légèrement, en oblique, vers la terre" ( Rosine, P.V. de Gendarmerie ).

    • Les incohérences déjà signalées au niveau de la sortie du bonhomme et des dessins ( nous discuterons de ceux-ci à l'Annexe 1 ).

    • Finalement, on peut signaler qu'une reconstitution mentale semblable peut être à l'origine de la cohérence des directions indiquées pour le phénomène au sol.

      Le soir même de l'observation, Rosine indique vaguement aux Gendarmes un lieu "d'atterrissage" : "elle ne nous a pas indiqué un point précis... mais c'était dans un périmètre" ( Gendarme Simon ).

    Une fois la trace trouvée, Rosine semble se référer en priorité à cet endroit : "j'ai vu la soucoupe… là où vous étiez" ( un des membres du GEPAN était allé sur la trace ) - ( Rosine - Enquête ).

  • Examen du niveau d' implication

    1. Données extraites du discours du témoin( 1 ) ( GEPAN - 29.11.79 )

      (1) Toutes les données présentées dans ce chapitre, correspondent soit au discours littéral du témoin. ( signalé par une écriture différente ) soit aux idées de ce discours.
      Les thèmes abordés sont ceux conseillés par F. ASKEVIS ( 1978 ).

      • - Interprétation immédiate, connaissances relatives aux PAN. En voyant la boule lumineuse, tout de suite elle a su que c'était ça... une Soucoupe. A la question :
        "As-tu pensé que ça pouvait être un avion ou un hélicoptère ?"

        la réponse est catégorique :

        En voyant le bonhomme , cela lui a fait penser à des bonhomme qui vivent dans le ciel, ça ressemblait pareil à ce qu'on voit à la télé ( elle reconnaît un peu plus tard qu'elle ne regarde pas la télé. Sa mère confirmera qu'elle l'interdit à sa fille ). Elle finit par dire, à la fin de l'enquête, que la boule lumineuse lui a fait penser immédiatement à l'enlèvement du garçon de Paris (référence à un jeune homme - un certain Nestor - disparu le 26 novembre 79 dans la région parisienne et qui n'avait pas encore réapparu - Enquête GEPAN 79/07 - ).
        Ailleurs, elle dit : ma maman en a parlé à mon papa mais ce n'est pas ce qui m'y a fait penser. Cette conversation s'était passée à midi, le 27 novembre, quelques heures avant l'observation de Rosine. Elle dit avoir été impressionnée par cette affaire d'enlèvement.

      • Réaction immédiate du témoin Au moment où le témoin a aperçu le "bonhomme", il en a eu une très grande peur, peur qu'il enlève son petit frère, elle-même et sa mère qui à allait pas tarder à arriver à la maison.

        La raison de cette peur est parce que c'était un homme qui venait du Ciel, encore qu'elle ne l'ait pas très bien vu.

    2. Données extraites des discours sur le témoin

      • - Connaissances relatives aux PAN* :

        * PAN : Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés

        Mme Cécile, mère du témoin, est très au courant des nouvelles sur "l'enlèvement" de Nestor, mais elle nie en avoir parlé en présence des enfants. Ceci est démenti par le frère ( 9 ans ) de Rosine qui nous dit être au courant par sa mère.

        Selon Cécile, sa fille Rosine aurait peu ou pas de connaissances relatives aux PAN puisqu'elle fréquente pratiquement pas ses camarades de classe et ne lit pas. Cécile dit, par ailleurs, ne pas permettre à ses enfants de regarder la télévision, si ce n'est pour les programmes de variétés.

      • Réactions du témoin :
        Lucile et Cécile confirment l'état d'affolement et de frayeur de Rosine, immédiatement après le phénomène. En particulier, Cécile confirme l'appel téléphonique de sa fille lui demandant de rester à la maison car la soucoupe allait l'enlever.

        Cécile indique que la peur s'est maintenue jusqu'au moment de l'enquête - 2 jours après l'observation. Par exemple, à la maison, elle suit tout le temps sa mère et elle ne mange que lorsque sa mère la force. Elle parle très souvent du phénomène, toujours avec peur.

      • Réactions envers le témoin :
        Cécile nous dit menacer Rosine de la "tarter" pour qu'elle arrête de parler du phénomène. Elle demanda, en notre présence, à Rosine si elle disait la vérité, par rapport à son expérience.

  • Conclusion

    D'une façon générale, les études qui précédent font apparaître que la probabilité pour que la subjectivité du témoin soit intervenue lors de ses dépositions, est assez forte.

    Cette conclusion s'appuie sur la grande adéquation des attentes du témoin au phénomène rapporté, l'émotion avec laquelle l'observation a été vécue et la perméabilité du témoin aux influences de son environnement social.

    Mais, cette conclusion doit être nuancée par rapport aux deux phases observées du phénomène. En effet, nous pouvons considérer que la probabilité pour que la subjectivité soit intervenue, lors des observations, croit avec la chronologie de celles-ci. Par contre, la perméabilité du témoin, lors des dépositions, peut être considérée comme indépendante de la chronologie des enquêtes.

    Ainsi, nous pensons qu'il est fortement probable que l'attention de Rosine ait été attirée par un bruit insolite et, qu'en cherchant son origine elle ait vue contre le fond de son champ de vision une forme lumineuse qui passait vers la droite.

    Il est probable qu'elle ait vu dans cette forme des éléments remarquables quant à la luminosité ou la couleur. Lors de la deuxième phase d'observation, il est probable que Rosine ai vue, dès la balançoire, une forme lumineuse dans la bordure virtuelle du terrain se situant entre la route et l'étang. La précision de la direction de cette forme dépend étroitement de l'étendue du champ de vision du témoin, dès la balançoire vers les champs à travers la haie ( voir plus loin la reconstitution ). La probabilité de l'identité entre cette forme et celle vue dans la 1ère phase de l'observation est faible ; le processus d'interprétation pouvant être à ce moment-là, largement enclenché.

Une étude plus fouillée de l'éventualité d'un tel processus, fondée sur un modèle théorique cognito-affectif est présenté en annexe 1.

1.2. Le témoin Lucile

  • Examen de la cohérence

    Le peu de faits rapportés par ce témoin permettrait très difficilement de conduire à des contradictions intra-témoignages. Par contre, la comparaison des différents documents fait ressortir que :

    • la lueur est rapportée tantôt rougeâtre, tantôt jaune comme des phares, tantôt blanchâtre ( Lucile est myope et ne portait pas de lunettes à ce moment-là ) ;

    • la forme de la lueur est parfois celle d'un "Faisceau conique dirigé vers le haut" , parfois "... les phares d'une voiture. Si ça s'allume contre une façade, par exemple, ... elle serait de la grandeur de la cuisine" ( enquête GEPAN ) ;

    • le témoin qui nous déclare ne pas avoir entendu de bruit ( car les voitures passaient sans arrêt ), fait état d'un sifflement dans les autres documents ( gendarme Simon - P.V. de gendarmerie ; et complément d'enquête ).

  • Examen du niveau d'implication

    1. Interprétation immédiate, réaction immédiate :
      L'interprétation et la réaction de Lucile découlent toutes les deux bien plus de son adhésion à Rosine que des faits constatés par elle-même.

      Cette adhésion est, au moment de l'enquête, totale : je sais qu'ils ne reviendront pas, enfin je suppose qu'ils ne reviendront pas, mais j'ai peur.

      Lucile a eu très peur, une fois qu'elle a compris la raison de l'affolement de Rosine : Moi, j'ai pas osé sortir, ça m'a coupé jambes. De toutes façons, je suis déjà assez nerveuse, bon, il m'en faut pas beaucoup. Ca m'a coupé les jambes, j'ai pas eu le courage de sortir dehors.

      Cette peur, il faut le noter, durait encore au moment de l'enquête : Lucile nous dit s'enfermer chez elle dès que le soir tombe "à cinq heures et demi" et n'ouvrir à personne avant l'arrivée de son mari.

      En outre, à la nuit tombée, l'attention du témoin a été attirée par une torche électrique tenue par un enquêteur, à la hauteur de la trace, Lucille s'est écriée "ça recommence".

      L'enquête et le P.V. s'accordent sur le fait que la "lueur" rapportée par ce témoin n'a pas été perçue avant que Rosine lui ait expliqué la raison de son affolement. De même, Lucile a regardé à cause de Rosine : si la petite elle serait pas venue taper à ma porte, moi, j'étais là, j'aurais rien vu, j'aurais rien su.

    2. Connaissances relatives aux PAN :
      Le témoin interprète une affaire de pollution atmosphérique entendue à la radio au moment de l'enquête, comme une intervention des OVNI sur le temps qu'il fait. Une autre information - la même ? - parlant, selon le témoin, d'un OVNI sur Madrid, est interprété par rapport à la disparition de Nestor, dans la région parisienne : Vous savez, celui qui avait été enlevé a Paris, vient de réapparaître sur Madrid ? ( Lucile est au courant du cas de Nestor depuis le mardi 27 novembre au matin ).

      Lucile croit à l'hypothèse extraterrestre : ils viennent sur la Terre puisque nous sommes allés sur la Lune, pourquoi les autres ne viendraient pas sur la Terre ? Il y a un tas de planètes qui doivent être habitées, qui doivent faire comme nous quand on est allé là-haut.

  • Conclusion :

    La probabilité pour que la subjectivité de ce témoin intervienne dans les faits qu'il rapporte est très forte, en particulier si on rappelle la minceur des faits.

    Ainsi, nous ne pouvons rien conclure sur l'éventualité qu'elle ait entendu un bruit particulier quelconque. Par contre, il est probable que Lucile a vu une vague lumière dans une direction proche de celle de l'emplacement de la trace.

1.3. Le témoin Catherine

  • Examen de la cohérence

    Le contenu de l'observation rapportée par ce témoin, au cours de notre entretien assez bref, est resté sommaire. Cela nous pousse à être particulièrement attentif aux contradictions pouvant y apparaître.

    Nous n'observons qu'une contradiction importante, celle de la durée du phénomène : un bon moment, devient quelques minutes après : ça n'a pas duré une seconde.

    Nous observons aussi une ambiguïté pour ce qui est de la taille apparente du phénomène. Certaines appellations - lueur, éclair, étoile filante - font penser à un phénomène naturel ; d'autres, par contre, relèvent d'un phénomène physique structuré ; c'est le cas du "couvercle", et de la comparaison avec un hélicoptère.

  • Examen du niveau d'implication

    Interprétation immédiate, réactions au phénomène :
    Au moment de son observation, le témoin tout en pensant à un éclair n'a eu d'autre attitude qu'un certain étonnement, face à un phénomène anormal parce que c'était pas un temps orageux.
    Mais, après le récit de son mari, l'assimilation a été immédiate : c'est bien cette chose que j'ai vu partir.
    Cette assimilation la conduit à estimer la distance apparente du phénomène observé*.

    * Rappelons une fois de plus qu'une lueur ne fournit aucun indice réel pouvant permettre d'en apercevoir sa distance.

    Evolution du témoignage :
    Après son observation, Catherine entend des rumeurs publiques concernant le phénomène arrivé à V1. Nous observons, alors, une interaction assimilatrice entre les données apportées par ces rumeurs et le souvenir de son observation. Cela est particulièrement clair pour la forme du phénomène. Elle parle de rondelle, de couvercle pour décrire la forme de son observation et pour évoquer celle de la trace et du phénomène qui est passé au-dessus de la tête de Rosine ( elle n'a pas parlé avec Rosine, elle ne "fréquente" pas sa famille ).

  • Conclusion

    Il est toujours délicat de conclure sur le témoignage d'une observation lorsque le délai séparant l'un de l'autre est considérable, 14 mois et demi dans le cas présent. Les études sur la mémoire, anciennes ou récentes, dévoilent des processus de restructuration où les déformations arrivent à prendre le statut des faits perçus.

    Dans le cas présent, l'éventualité de cette déformation semble forte pour ce qui concerne la forme et la taille de la lueur.
    En particulier, la contradiction signalée au niveau de la taille apparente, peut découler de l'assimilation à la taille et la distance du phénomène rapporté par Rosine, tel que Catherine se le représente. Un stimulus d'environ 2,5 m ( taille de la trace ) est en effet, plus petit qu'un hélicoptère tout en n'étant pas ponctuel : il fournirait à 500 m, une taille projective réelle de 0,3 degré.

    Ainsi, il nous semble probable que ce témoin ait vu, pendant un court instant, une lueur imprécise se déplaçant rapidement vers le haut de son champ de vision sans qu'il soit possible d'apporter plus de précision.

 

2. EVALUATION DU PESM

  • CRITERE 1

    Multiplicité et concordance des témoignages :
    Il semble prendre la valeur C : témoin unique avec confirmations partielles. Il est à rappeler que la direction indiquée par Lucile lors de la reconstitution, pour situer la "lueur" concorde avec celles signalées par Rosine. Mais cette confirmation est insuffisante pour pouvoir considérer que nous avons affaire à deux témoignages indépendants concordants. il en va de même avec le témoignage de Catherine ; l'heure et le contenu de son observation permettent de douter du recoupement avec le témoignage de Rosine ( rappelons que les gendarmes sont allés voir Anatole peu après 17 h 30 et n'ont rien observé ).

  • CRITERE 2

    Indépendance des conditions d'observation :
    Ce critère ne se réfère qu'aux cas de témoignages multiples. Les dépositions de Lucile et de Catherine nous semblent trop pauvres et distinctes de celle de Rosine pour qu'on puisse leur attribuer la valeur d'un témoignage indépendant. Nous préférons continuer à définir le cas somme suit : témoin unique avec confirmations partielles.

  • CRITERE 3

    Renforcement des croyances : Il peut adopter la valeur F : renforcement des croyances préalables quant à l'existence et/ou la nature des OVNI. Notre choix découle de la référence faite par Rosine et Lucile à la disparition récente de Nestor ( enquête 79/07 ) d'une part, et des interprétations immédiates et postérieures ( voir plus haut ), d'autre part. Ce choix s'applique par ailleurs aux trois témoins : Rosine, Lucile et Catherine.

  • CONCLUSION

    Ces valeurs conduisent a un cas CF, c'est-à-dire à une valeur 2 dans l'échelle du continuum du PESM. Rappelons que le continuum du PESM varie entre deux valeurs extrêmes ( 1 et 6 ). Ainsi, la valeur 2 doit être considérée comme valeur faible du PESM, c'est-à-dire, comme une faible probabilité que les éléments subjectifs soient minimum lors de la perception et/ou de la déposition des caractéristiques du phénomène observé.

 

3. - CONCLUSION DE CETTE ANALYSE

Jusqu'à présent, nous n'avons fait intervenir dans l'étude aucune donnée sur l'environnement physique ni le résultat de la reconstitution ou de l'analyse de la trace. Nous ne pouvons donc apporter aucune conclusion définitive quant au fait que toutes les données observées relèveraient d'un même phénomène. Nous pouvons seulement constater que chaque témoignage souffre de contradictions internes ( en particulier pour Lucile mais plus encore pour Rosine ) et que s'il y a une certaine indépendance, géographique ou dans le temps, des observations, l'indépendance des témoignage, elle, devient médiocre : Lucile par exemple, est déjà terrorisée quand elle ferme ses volets et Catherine après avoir pensé à un éclair, apporte les détails qu'elle croit conformes aux autres observations.

Tout ceci ne nous permet aucunement de mettre en doute le principe de l'observation initiale de phénomène lumineux de la part de Rosine, Catherine et même Lucile. Cependant, la forte part de subjectivité probablement présente dans ces témoignages nous incite à une grande prudence quant au contenu détaillé. Seuls la reconstitution des événements, l'analyse de la trace et l'examen des données supplémentaires permettront de mieux apprécier cette part de subjectivité et d'élaborer un ou plusieurs scénarios possibles.




SUITE...




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