CENTRE NATIONAL D'ETUDES SPATIALES
Groupe d'Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés
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Toulouse, le 27 avril 1981 N° 110 CT/GEPAN
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NOTE TECHNIQUE N°3
METHODOLOGIE D'UN PROBLEME
Principes & Applications
(Méthodologie - Isocélie - Information)
PRÉSENTATION
1 - LE PROBLÈME DES PHÉNOMÈNES AÉROSPATIAUX NON IDENTIFIÉS
1.1. Introduction
1.2. Quelques idées fausses
1.3. Quelques études contradictoires
1.4. Que faire ?
2 - ÉLÉMENTS D'UNE MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE
2.1. Remarques préliminaires
2.2. Schéma directeur
2.3. Stratégie de recherche
2.4. Conclusion
3 - ÉTUDE DE L'ISOCÉLIE
3.1. Les résultats de JC. FUMOUX et JF. GILLE
3.2. D'autres résultats
3.3. Remarques méthodologiques
4 - QUESTIONS D'INFORMATION
4.1. Questions de principes
4.2. Quelques aspects pratiques
4.3. Polémique de la recherche et recherche de la polémique
4.4. A propos des erreurs de lecture
5 - CONCLUSION DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS
- QUESTIONS D'INFORMATION -
A. ESTERLE - M. JIMENEZ
"L'information ne doit pas être
exacte, elle doit être énorme''
Emilien AMAURY
4.1. QUESTIONS DE PRINCIPES
Dès sa création, le GEPAN s'est soucié de la forme à donner aux informations concernant
ses activités et au rôle éventuel que ces informations pourraient jouer sur la dynamique de la
recherche.
Le travail accompli durant les deux premières années, a été synthétisé dans un document
unique, une "plaquette d'information", largement diffusée. Ultérieurement, fut adopté le
principe de publication de Notes Techniques et Notes d'Information permettant de rendre
compte plus régulièrement de l'avance des études, des enquêtes et des réflexions. Ces
documents sont libres d'accès mais le GEPAN ne peut s'engager à en assurer une
disponibilité permanente ni à fixer à l'avance un rythme de parution afin de ne pas se laisser
paralyser par ce type de travail.
Reste la question du rôle particulier de cette information par rapport à l'ensemble de cette
recherche. Les scientifiques sont restés longtemps attachés à une définition stricte du
concept d'objectivité, lié à l'indépendance totale de l'observateur et de l'observé. Cette
conception est depuis longtemps battue en brèche tant sur le plan des sciences humaines
( médecine, psychologie, sociologie ) que sur celui de la microphysique ( mécanique
quantique ).
Dans le cadre de notre recherche, nous avons vu que la représentation tétraédrique situait le
chercheur dans le concert des interactions mises en jeu à la surface du tétraèdre. Il est en
relation avec les pôles "d'observables" par le biais de ses actions, qu'elles soient de
recherche ou d'information sur ces recherches et finalement, par son existence même.
Chercher une "objectivité totale" est donc bien évidemment un leurre. L'action comme la
non-action interviennent au même titre.
Il est clair cependant que toutes les actions et comportements du chercheur ne sont pas
équivalents selon qu'il vise ou non à faire sensation, à donner une grande publicité à telle ou
telle idée plus ou moins fondée, ...
Parfois utile pour faire avancer les choses, la passion est à terme nuisible car elle donne le
pas à l'opinion sur l'analyse et facilite ainsi les aveuglements individuels et collectifs.
Conscient de ces dangers, le GEPAN a adopté quelques principes de base dont il ne s'est
jamais départi. En particulier, pour éviter autant que possible d'engendrer des réactions
passionnelles incontrôlées dans le système qu'il étudie, le GEPAN a pris deux attitudes
précises quant à l'information concernant les observations de phénomènes aérospatiaux
d'une part, et les publications sur des analyses critiques plus ou moins fondées, concernant
certaines études, recherches ou hypothèses, d'autre part.
Pour ce qui est des observations rapportées par les media et pour lesquelles le public est
avide d'opinions immédiates, une réaction "officielle" à la demande, en "temps réel", est
impossible. Les points de vue journalistiques et scientifiques sont ici diamétralement opposés
et correspondent à une perception différente du paramétre temps. Pour le journaliste,
l'exactitude de l'information importe souvent moins que la date à laquelle elle est obtenue :
elle doit venir le plus vite possible. Pour le scientifique, au contraire, la rigueur du contenu est
primordiale même si elle demande plus de temps pour être atteinte. Ainsi, une opinion rapide
sur des cas d'actualité immédiate risquerait de manquer parfois de fondements. S'engageant
dans cette voie, le GEPAN serait d'ailleurs en permanence submergé et s'exposerait au
risque que des cas restés sans réponse instantanée soient, par contraste, valorisés sans
raison. Pour éviter ce cercle vicieux, le GEPAN, d'une manière générale, se contentera de
faire paraître ses analyses dans les Notes Techniques sans présager des délais.
De manière quelque peu analogue, le débat "ufologique" donne souvent lieu à des attaques.
Insinuations, procès d'intentions et autres manœuvres à caractère profondément polémique.
De telles actions sortent parfois du cadre intime des revues spécialisées pour être reprises
par une presse plus générale et nationale.
Là aussi, le GEPAN s'abstient de prendre part à ce genre de débat laissant à tout un chacun
le soin de juger à terme de la solidité des argumentations. Car, répondre rapidement à ce
genre d'attaques conduit à une dangereuse spirale d'agressions et de ripostes qui ne fait
qu'en encourager le principe ; là aussi, un silence fortuit ou momentané peut valoriser des
textes qui ne le méritent pas. La polémique est une mauvaise arme, même pour répondre à la
polémique.
Par contre, les analyses critiques argumentées doivent déboucher sur des discussions
ouvertes à condition qu'elles portent sur les méthodes et non sur les convictions, sur les
actions effectives et non sur des interprétations d'intentions. Ceci est le corollaire
indispensable de toute recherche rigoureuse. Quant aux démarches polémiques, il reste
toujours possible de les étudier, en tant que phénomène, en considérant les mécanismes de
l'information qui les sous-tendent, leurs sources et leurs supports. Le matériau ici ne manque
pas, comme nous le verrons plus loin.
Ces quelques principes fondent donc l'action d'information du GEPAN. Ceci ne va pas sans
quelques difficultés, nous allons voir qu'une telle recherche de sérénité et d'absence de
passion sur un sujet aussi débattu, est rarement respectée, même sous la plume de
présumés défenseurs de la démarche scientifique.
Sans prétendre faire une analyse détaillée de cette question, nous allons nous borner à la
constatation d'un certain nombre de faits patents entreprendre. Nous esquisserons ensuite
quelques éléments théoriques qui pourraient guider une telle étude ( que le GEPAN n'a
d'ailleurs pas l'intention de prendre en charge ).
4.2. QUELQUES ASPECTS PRATIQUES
Dans la pratique, l'évolution de l'information au cours de sa circulation est soumise à bien des
avatars. Cette question a été abordée sur le plan théorique ( analogie entre l'information et
l'entropie ) comme sur le plan pratique ( phénomènes de rumeurs ) et reste posée quel que soit
le contenu ( le sujet abordé ) de l'information.
L'ufologie n'échappe pas à la règle et il semble bien que les phénomènes de distorsion,
déformation, manipulation d'information aient même trouvé là un terrain particulièrement
propice. Aucune étude approfondie et sérieuse n'a, à notre connaissance, été menée sur le
sujet. Tout en le regrettant nous nous contenterons de rappeler ou signaler quelques faits qui
montrent à l'évidence un problème grave qui entrave toute approche un peu sereine de la
question.
Tous ceux qui se sont penchés sur les coupures de presse relatant des observations ont pu
constater à l'occasion, que ces comptes rendus étaient souvent incohérents entre eux,
imprécis, voire erronés ou fantaisistes et avaient parfois été rédigés sans la moindre
vérification. Des cas facilement explicables profitent ainsi d'une grande publicité. Ce fait est
d'ailleurs systématiquement monté en épingle par ceux qui croient pouvoir ainsi démontrer la
nature exclusivement mythique du sujet.
Un peu plus originale est l'utilisation pernicieuse de l'information, non plus pour présenter des
cas d'observation, mais pour défendre des thèses ou hypothèses. On retrouve là, en
littérature ufologique courante, les mêmes phénomènes de déformation, d'omission de
certains faits, d'invention de certains autres, l'emploi d'un vocabulaire propre à suggérer une
idée particulière sans quelle ait été explicitée, etc... Nous en présentons maintenant quelques
exemples.
L'un des plus récents, nous est fourni par la théorie de l'isocélie*.
Cette théorie a en effet, reçu une large publicité soigneusement organisée par le Président
d'un groupement privé : conférence de presse au cercle Républicain à Paris, en novembre 79,
cartes d'invitation personnalisées ( vu l'importance du sujet" ), interview télévisée, articles de
presse, …
* Rappelons que selon cette théorie, les positions d'observation des phénomènes
aérospatiaux non identifiés dessineraient un nombre de triangles isocèles supérieur à ce que les lois
du hasard permettent d'expliquer. Au chapitre 3, nous avons démontré que cette proposition est fausse
et résulte de nombreuses erreurs de calcul.
Cependant, le contenu des informations diffusées ne s'est pas articulé autour de l'exposé
détaillé d'une méthodologie rigoureuse, mais seulement autour des trois arguments suivants
( lire le texte complet en annexe 1 ) :
"Notre tâche a consisté à essayer de démontrer que l'isocélie, de même que
l'orthoténie, se ramenait au hasard" ;
"Le nombre de triangles isocèles formés par les points d'atterrissages d'OVNI .... a
moins d'une chance sur mille d'être dû au hasard" ;
Notre méthodologie est strictement scientifique comme s'en rendront compte ceux qui
se donneront la peine de consulter le dossier rendu public. Notre présent travail est
reproductible par quiconque dispose de temps, d'un ordinateur et de sa bonne
foi".
Mis à part le fait que le deuxième argument est totalement faux ( cf. Chapitre 3 de cette Note ),
ces assertions appellent quelques commentaire car l'effort d'information sur les résultats des
calculs est en proportion inverse de l'information sur les calculs eux-mêmes. Le "dossier
rendu public" n'a été, à notre connaissance, publié dans aucune revue, ufologique ou autre.
Peu de gens ont donc pu "examiner et reproduire ce travail"*.
(*) Le GEPAN en a reçu une copie de M. FUMOUX.
Ni dans la conférence de presse ( en novembre 79 - époque de grande sensibilité ufologique -
dans un contexte que nous analyserons ultérieurement ) ni à la télévision ( émission
"Temps X" ), les calculs ne furent explicités.
Nous avons là un excellent exemple d'information surabondante à partir d'un contenu non
explicité.
Quant au premier argument, il a un contenu devenu classique :"je voulais démontrer que
c'était faux et je suis obligé de reconnaître que c'était vrai". Cette argumentation fait partie de
la grande famille : "je n'y croyait pas mais maintenant, je suis obligé d'y croire" et de son
réciproque immédiat : "J'y croyais mais maintenant je ne peux plus y croire"**.
(**) Sans oublier la version plus subtile :
"Ce que je dois vous dire est tellement extraordinaire que je ne peux pas vous demander de me croire"...ce qui
est la meilleure manière d'être cru.
Ces arguments ne valorisent en rien les discours car ils ne portent que sur les convictions ou
croyances mais produisent des effets littéraires savoureux. Ils sont utilisés pour convaincre,
pas pour démontrer. Dans le cas de l'isocélie, l'argument est particulièrement étonnant car en
contradiction complète avec les convictions de son auteur, défenseur à tout prix de
l'hypothèse extra-terrestre ( cf. Inforespace n° 38, mars 78 et n° 45, mai 79 )*.
* On y retrouve, abondamment développés, les phantasmes classiques sur des groupes occultes
( gouvernementaux ) étouffant toute information intéressante,
sur les M.I.B. ( Men in black ), ces agenda de
services secrets qui empêchent les témoins de parler, ..., sans qu'aucun fait précis et vérifiable ne soit fourni.
Par une curieuse déformation rhétorique, l'argumentation en faveur de l'hypothèse extra-terrestre se trouve
remplacée par une argumentation contre la non-hypothèse extra-terrestre ( ne pas adopter l'hypothèse extra
terrestre, c'est faire preuve d'authropocentrisme,… ).
Il est remarquable qu'à partir des trois arguments que nous venons de discuter, les
mécanismes classiques de déformation de l'information aient joué de façon exemplaire. Il
n'est, pour s'en rendre compte, que d'en lire le compte rendu dans une presse locale ( voir
chapitre 3, lire page ) où le terme "d'intelligence supérieure"' est explicitement employé alors
qu'il n'était au mieux que suggéré dans l'information initiale.
Nous voyons donc là rassemblés quelques défauts de l'information courante au sujet des
phénomènes aérospatiaux non identifiés. Ceci n'est pas nouveau, beaucoup de personnes
l'ont déjà signalé et dénoncé. Ce que l'on sait moins, c'est que les mêmes défauts se
retrouvent intégralement sous la plume de ceux qui, sceptiques, nient à ces phénomènes tout
caractère étrange, exceptionnel, ou toute composante physique. Et, parfois, des scientifiques
se laissent prendre au piège.
4.3. POLEMIQUE DE LA RECHERCHE ET RECHERCHE DE LA POLEMIQUE
Ces déformations de l'information ( omissions, interprétations abusives, procès d'intention,
utilisation de la rumeur comme d'une donnée objective, etc... ) ne sont pas l'apanage exclusif
des partisans de telle ou telle théorie ufologique. Bien au contraire, nous en retrouvons les
composantes sous la plume de ceux qui, au nom d'une certaine rigueur scientifique, tendent
à réduire ces manifestations à des phénomènes physiques ou psychologiques déjà connus.
Un exemple récent nous en a été fourni à l'occasion d'une série d'articles concernant le
GEPAN et ses activités. Pour bien examiner ces textes, il nous faut commencer d'abord par
un petit rappel historique.
Durant le premier semestre 1978, le GEPAN a entrepris d'aborder le problème des enquêtes
afin de préciser une méthodologie de base à suivre pour la collecte et l'analyse des
témoignages. Ne pouvant attendre que les cas d'observations se présentent d'eux-mêmes le
GEPAN choisit alors une série de cas anciens ( de 12 à 2 ans antérieurs à 1978 ) répondant à
un certain nombre de critères tels que :
- nombreux témoins,
- proximité présumée du phénomène,
- qualité et précisions des descriptions,
Ces enquêtes "a posteriori" ont permis de jeter les bases des méthodes d'enquêtes qui furent
présentées au Conseil Scientifique du GEPAN, en juin 1978. Celui-ci exprima son
approbation générale quant aux méthodes suivies tout en recommandant explicitement que
les enquêtes se limitent désormais aux cas très récents, restriction qui fut systématiquement
appliquée depuis. Tous ces faits sont rapportés dans la plaquette d'information : "Le GEPAN
et l'étude du phénomène OVNI" largement diffusée à partir de février 1979.
Le 12 septembre 1978, une réunion eut lieu à Toulouse, au cours de laquelle le GEPAN
présenta cette méthodologie aux groupements privés d'études ufologiques et distribua à cette
occasion le rapport rédigé à partir d'une de ces enquêtes effectuée durant le premier
semestre de la même année. Il s'agissait du "cas de Luçon".*
(*) Le 9.2.76, 2h 5 mn, 6 personnes observent "une masse énorme, en bordure de la route
- à hauteur d'un panneau signalétique. Cette masse, en forme de deux soucoupes l'une sur l'autre,
avait la partie supérieure éclairée, elle a traversé la chaussée à une certaine hauteur pour disparaître
direction Ouest". "L'engin se trouvait à une cinquantaine de mètres de nous, légèrement sur la droite
de la chaussée immobile, à hauteur d'arbre...
Nous sommes restés, loin d'être rassures, 2 à 3 mn sur place... Il est parti doucement, montant en diagonale en
direction des Sables d'Olonne..."
(PV de la Gendarmerie locale).
Certaines personnes ont réétudié cette observation et en ont tiré des conclusions différentes
de celles du GEPAN. Le texte qui s'ensuivit fut largement publié ( Inforespace Hors Série n° 3
- décembre 1979 ) donnant ainsi à cette observation et à l'enquête du GEPAN, une publicité
qu'il n'avait pas cherchée. Ce texte fut ensuite abondamment repris pour servir de base
à des attaques contre le GEPAN, ses activités et même le principe de son existence.
Malheureusement, dans tous les documents ainsi produits, on retrouve abondamment les
mêmes défauts que ceux que nous avons signalés dans la littérature ufologique classique :
l'omission, l'interprétation abusive, le procès d'intention, les affirmations non fondées, l'usage
de l'implicite, ... Il serait trop long d'en faire le détail exhaustif. Nous en donnerons simplement
quelques exemples.
Certaines critiques concernant l'analyse du cas de Luçon, sont parfaitement fondées : il est
abusif de prendre pour établie une distance qui ne fut qu'estimée, sans point de repère. Il est
abusif de déduire une forme tridimensionnelle à partir d'une observation qui ne fut faite que
dans une direction ( bidimensionnelle ). Enfin, on ne peut négliger la présence de la Lune dans
la direction approximative du phénomène lumineux au début de l'observation. La description
de ce phénomène ne correspond absolument pas à celle de la Lune, mais celle-ci peut
éclairer indirectement des nuages bas ( à travers d'autres nuages plus élevés ), leur donnant
un éclat blanchâtre mat. L'un d'entre nous a lui-même observé un phénomène de ce type
dans un endroit totalement désert, où de tels nuages ( la forme ne prêtait pas à confusion ) ne
pouvaient s'expliquer que par la présence de la Lune dans la même direction, bien qu'elle ait
été elle-même complètement invisible.
Malheureusement, l'analyse publiée dans Inforespace, en décembre 1979, si elle a le mérite
de signaler ces insuffisances, a le défaut d'ignorer certaines données, en particulier les
déclarations des témoins selon lesquels le phénomène, après avoir oscillé, a traversé la
route, s'est élevé puis s'est lentement résorbé jusqu'à devenir ponctuel et disparaître. Ceci
représente, reconstitution à l'appui, un déplacement de plus de 20° en azimut et 10° en site.
Des nuages éclairés par la Lune peuvent-ils avoir un tel comportement ? Il est difficile de
répondre, faute de pouvoir l'expérimenter. Mais l'auteur de l'article résous le problème en
omettant purement et simplement ces données. Ainsi, les conclusions du responsable de
l'enquête ( et d'ailleurs du GEPAN ), ( "nous estimons que les cinq témoins de Luçon ont
observé le 9.2.76, un objet volant d'apparence métallique, de forme discoïdale, d'un diamètre
probablement supérieur à 10 m" ) sont sans doute excessives, compte tenu des données.
Mais, la conclusion de l'auteur de l'article d'Inforespace de décembre 79 ( M. CAUDRON ) est
tout aussi abusive ( "J'ai pu rendre compte de toutes les données de l'observation en ne me
servant que des informations contenues dans les données dont je disposais. Ce rapport est
expliqué de A à Z en ne faisant appel qu'à des phénomènes connus effectivement présents
pendant l'observation. C'est à dire que je n'ai eu aucune hypothèse particulière à faire" ).*
(*) Rappelons à ce sujet que M. CAUDRON n'a pas assisté à la réunion ( septembre 1978 ) où le GEPAN a
exposé les principes de sa méthodologie. Nombre de ses critiques ne s'expliquent que par une méconnaissance
de celle-ci. Il n'a pas non plus fait de contre-enquête à Luçon, se contentant de quelques lettres et coups de
téléphone.
Beaucoup plus correcte ( et prudente ) semble être la conclusion générale de l'ensemble des
enquêteurs du GEPAN : "Compte tenu des éléments que nous avons recueillis auprès des
observateurs sur les lieux de leur observation, nous avons la conviction qu'un phénomène
matériel est à l'origine de la quasi totalité des observations, et constatons que la description
de ces phénomènes s'apparente, en particulier dans les cas suivants : Gondrecourt, Bize,
Luçon, Bolazec, Cussac et Sauvigny, à celle d'une machine volante, dont la provenance, les
modes de sustentation et/ou de propulsion sont totalement étrangers à nos connaissances".**
(**) Cette phrase a d'ailleurs été particulièrement mal traitée à l'interprétation
et à la traduction ( cf. IUR 1978, 1980, A. Michel 1979, CUFOS Bul. 79, M. Figuet
et JL. RUCHON 1979,... ) Nous avons souligné les mots
importants qui ont ainsi disparu.
Les questions méthodologiques méritaient discussion. Malheureusement, le texte abondant
de M. CAUDRON est, pour l'essentiel, constitué d'une naïve dissertation où nous retrouvons
pêle-mêle un calcul au 1/10 000 de degré des positions et directions d'observation ( à
comparer aux estimations de direction faites par les témoins ), la dénonciation de fausses
erreurs qui ne sont dues qu'à une méconnaissance des conventions de représentations
graphiques adoptées au GEPAN ( longitude positive à l'Est, représentation du ciel par
projection au sol ) et une tirade moqueuse devant les déformations graphiques des astres sur
les cartes : "Si vous voyez réellement la Lune comme cela, ce n'est pas un oculiste qu'il vous
faut, c'est un psychiatre"*. Tout cela se passe de commentaires, car relevant d'une
médiocre littérature polémique et non d'une analyse scientifique rigoureuse. Bien
évidemment, et malgré l'invite des rédacteurs de la revue Inforespace cet article ne donna
lieu à aucune réponse en raison des principes énoncés plus haut.
(*) Conventionnellement, le GEPAN représente sur ses tracés graphiques, la Lune et les planètes par des
carrés et les étoiles par des cercles de diamètre proportionnel à leur magnitude.
Cependant, cet article a servi de point de départ à une série d'autres écrits qui sont d'un
grand intérêt en raison de la nature des revues qui les ont publiées ( Science et Vie & Cahiers
de l'Agence Française d'Information Scientifique - AFIS ). En particulier, l'article d'AFIS
( février 80 ) écrit par M. ROUZE, conférencier de l'Union Rationaliste, réutilise les mêmes
mécanismes d'interprétation infondée, d'insinuations, d'amalgame et d'erreurs que nous
avons déjà signalés : reprenant avec enthousiasme les critiques de M. CAUDRON, il signale
"seul le conducteur était éveillé. Il réveilla les autres en criant : "une soucoupe volante". A
partir de là, la suggestion était née".
Or, ce compte rendu est faux car d'après l'enquête et le procès verbal de la Gendarmerie, la
femme du conducteur était éveillée et son mari lui a demandé : "Est-ce que tu vois ce que je
vois ?". Sur sa réponse affirmative, il dit alors "c'est une soucoupe volante". II faut bien
entendu éviter d'introduire tout biais dans le contenu des informations fournies par les
témoins. Trop de biais peuvent déjà apparaître dans la perception que le témoin a du
phénomène et la manière dont il peut en rendre compte au cours d'une reconstitution.
M. ROUZE ne semble pas non plus se soucier de ces biais là, lorsqu'il invite les
"contribuables cartésiens" à protester contre le fait que le GEPAN prépare un appareil spécial
( dit SIMOVNI ) Pour "aider les témoins dans leurs efforts de mémoire". Curieusement, il oublie
au passage que de tels appareils d'enquêtes sont utilisés et recommandés par M. CAUDRON
( Inforespace de décembre 1978 ) dont il apprécie tant la "rigueur scientifique".
Mais, M. ROUZE ne se limite pas à une déformation des déclarations des témoins et à une
critique incohérente de la méthodologie du GEPAN. Il donne des informations tendancieuses
et erronées lorsqu'il dit que "le GEPAN a mobilisé les militaires - plus précisément la
Gendarmerie nationale - dans la chasse aux soucoupes", alors que le recueil systématique
des témoignages par la Gendarmerie ( à partir de février 74 ) a précédé de trois ans la création
du GEPAN ( mai 77).
Comme nous l'avons dit d'autres articles ont été rédigés vers la même époque, qui
s'inspiraient de l'article d'Inforespace ( décembre 78 ). Par exemple, "Science et Vie"
( avril 1980) a publié un article ( auquel se réfère abondamment M. ROUZE ) signé de
MM. BARTHEL, BRUCKER et MONNERIE. *
(*) Ces trois personnes ont publié aux Editions Rationalistes, deux livres sur le phénomène OVNI. Elles ont
pour particularité d'être de nouveaux partisans d'une interprétation psychosociologique après avoir "combattu"
pour l'hypothèse extra-terrestre.
Cette interprétation est d'ailleurs fort prisée de M. ROUZE : "On ne peut faire à MONNERIE qu'un reproche
amical : son explication n'est pas nouvelle. Elle a été formulée plus
d'une fois ( et notamment dans nos Cahiers ).
Mais le nouveau, c'est que cette fois elle a été retrouvée selon son expression, par un homme venu de
"l'intérieur".
Ces auteurs dénoncent avec virulence les mécanismes de déformation de l'information dans
le monde ufologique, ceux-là mêmes que nous avons discutés. Or, dans cet article, outre le
vocabulaire méprisant et dédaigneux dont nous aurons une explication plus loin, on retrouve
les mêmes défauts qu'ils prétendent dénoncer chez "les autres". L'idée de base selon laquelle
le GEPAN "créerait" le problème OVNI est posée en affirmation sans preuve. Cette idée est
en outre contraire aux données observables. Il apparait, dans la Note Technique n° 2, que la
fréquence des témoignages à la Gendarmerie n'a pas subi de modification particulière due à
la création du GEPAN - mais encore faut-il se ramener aux observables -.
De plus, les auteurs reprochent au GEPAN d'avoir enquêté avec deux ans de retard sur le
cas de Luçon alors qu'il leur aurait suffi de lire la plaquette ''d'information pour en avoir
l'explication ( voir plus haut ). Ils dénoncent la médiocrité des sources utilisées pour les
statistiques de C. POHER,** alors que c'étaient les seules disponibles à l'époque et
s'insurgent contre la création du GEPAN en oubliant qu'il a été créé parce que des questions
étaient posées et non parce qu'on en connaissait la réponse ( cette création eut alors été
inutile ).
(**) Rappelons que de 1970 à 1975 C. POHER a entrepris des études statistiques à partir de sources diverses :
articles de presse, revues, livres, enquêtes privées, enquêtes officielles. Il mis ainsi en évidence une conformité
des témoignages d'observation de phénomènes non identifiés avec certaines lois de perception de phénomènes
physiques.
Faire coïncider GEPAN et défense de l'hypothèse extra-terrestre est un amalgame partisan
qui n'a d'égal que l'affirmation contraire selon laquelle le GEPAN n'a pour but que d'étouffer
toute "recherche sérieuse". Qu'on se rappelle l'article de M. GILLE : "nous retirons de tout
cela ( réunion avec les groupements privés - septembre 1978 ) l'impression d'avoir assisté à
une entreprise de découragement, de démobilisation. C'est l'essentiel du rôle d'une officine
de relations publiques telle que le GEPAN" ( Inforespace Mars 1978 ).
Quoi qu'il en soit, l'article de "Science et vie" ne peut pleinement s'apprécier qu'à la lumière
de la lettre de MONNERIE ( Annexe 2 ) qui reconnaît que le texte original en a été tronqué,
complété, réécrit par la rédaction de la revue "Science et vie" pour mieux servir sa propre
démarche.
Ceci ne change rien aux défauts signalés plus haut car ils étaient dans l'original ; d'ailleurs, on
peut s'étonner que les auteurs n'aient pas été émus par cette manipulation de l'information
( qu'ils sont si prompts à fustiger ailleurs ), au point d'en faire la dénonciation publique ( si ce
n'est en nous autorisant à publier leur correspondance ).
Ces quelques faits intéressants notés au hasard des lectures, permettent de mieux saisir le
problème difficile de l'information à propos de l'étude des phénomènes aérospatiaux non
identifiés. Mais, "last but not least", nous ne pouvions terminer sans signaler la bévue que l'on
trouve dans la très justement fameuse et respectée revue scientifique française "La
Recherche".
Dans ses analyses bibliographiques du n° 108 ( février 80 ), "La Recherche" présente le livre
de M. MONNERIE paru aux Editions Rationalistes "Issu lui aussi de l'ufologie, astronome
amateur, l'auteur a commencé par étudier des photographies étranges ; aujourd'hui, il
analyse le phénomène, en se référant aux travaux de C. G. JUNG, comme étant de nature
sociopsychologique". Compte-rendu étonnant car tout au long de ce livre ( dont il ne s'agit pas
d'entreprendre ici l'analyse critique générale ) il n'est jamais fait la moindre référence à JUNG.
Ni son nom, ni aucun de ses écrits ne sont cités. Les seuls psychologues dont parle M.
MONNERIE sont FREUD ( très brièvement ), HEUYER et surtout un certain LADON. Mais du
Dr. JUNG, il n'est point question, même dans le schéma historique sur le "mythe
extra-terrestre, alors que celui-ci fut le seul psychologue européen à réfléchir longuement sur
le sujet et à en proposer une interprétation. ( Celle-ci s'appuie d'ailleurs en partie sur la
reconnaissance de phénomènes d'ordre parapsychologique ).
Ainsi, JUNG n'est jamais cité. Seuls certains termes, mis à l'honneur par le psychologue
suisse, sont occasionnellement employés, sans que jamais la source en soit indiquée ni le
contenu explicité, alors que loin d'être universellement connus et reconnus, ses concepts ne
sont admis que par certaines "écoles" de psychologie.*
(*) Bien au contraire, M. MONNERIE se réserve le droit de ne pas lui appliquer un sens rigoureux ( au mot
transposition ) pas plus qu'aux autres termes empruntés au vocabulaire de la psychologie"…!
(cf. M. MONNERIE : Le naufrage des extra-terrestres - page 20).
On peut donc s'étonner du texte de "La Recherche" qui cite des références qui n'existent pas.
En fait, cette bibliographie est présentée par "La Recherche" pour venir à l'appui d'un article
précédent ( "La Recherche" juillet 79 ) dû au Dr. H. REEVES, astrophysicien, qui, lui, se
référait à JUNG pour présenter ses analyses.
Ces phénomènes de manipulation consciente ou inconsciente de l'information sont très
classiques et comme nous venons de le voir, imprègnent profondément toute la circulation de
l'information à propos des phénomènes aérospatiaux non identifiés. Sans en faire une
véritable étude, nous en avons donné de multiples exemples car ces défauts existent aussi
bien pour les informations sur les observations qu'à propos des études et de la défense
ou de la dénonciation de telle ou telle théorie ( que ce soit l'hypothèse extra-terrestre ou
l'interprétation psychosociologique, par exemple ).
Peu de personnes résistent à ces tentations, que ce soit parmi les amateurs ou les
professionnels, les scientifiques ou les non scientifiques.
Notre intention, en fournissant ces exemples, n'était que d'illustrer pourquoi le GEPAN a
adopté les principes d'information explicités plus haut et s'y tiendra aussi longtemps que les
choses resteront en l'état. Tant que le sujet continuera à être imprégné de passion
irrationnelle, l'information sereine sera tronquée et truquée pour devenir l'outil d'un
militantisme exacerbé en manque d'arguments rigoureux. Ceci n'a plus rien à voir avec la
démarche scientifique qui est la vocation du GEPAN.
Comme nous l'avons dit, ceci n'est pas une étude mais la présentation d'éléments qui
montrent l'existence d'un problème dont l'étude serait à faire. Une telle étude est possible à
partir de concepts ou de démarches diverses que nous présentons brièvement ici.
4. 4. A PROPOS DES ERREURS DE LECTURE
Imaginez que vous conduisez votre voiture sur une route tranquille, droite ou peu sinueuse,
depuis un certain temps. Vous marchez à une bonne allure, le pays est plat, vous n'avez pas
remarqué de panneau avertisseur particulier. Rien ne vous permet de prévoir un changement
important dans la géométrie de la route, et, donc, d'y adapter votre conduite.
Tout à coup ; c'est le virage très fermé. Il est trop tard, vous ne pouvez pas le prendre. Vous
le ratez, vous sortez de la route. Supposez, en plus, qu'il fasse nuit, qu'il y ait une mauvaise
visibilité, bref, que vous ne vous rendiez compte du virage raté que lorsque vos roues vous
indiquent que vous n'êtes plus sur l'asphalte ! Ajoutez-y une vieille route oubliée qui, par
hasard, continue tout droit la route principale à l'endroit du virage vous ratez ce dernier, mais
vous n'en prenez pas conscience, vous continuez tout droit sur la vieille route, qui fait une
continuation "naturelle" de celle que vous suiviez. Vous ne vous apercevez de rien.
Dans un cas comme dans l'autre, cet exemple ferait penser à une "erreur perceptive" en
psychologie de la perception, à une "erreur d'anticipation" en psycholinguistique, à un
"implicite" en linguistique.
Ajoutez finalement que, au fond de vous-même, vous n'avez aucune envie de poursuivre la
route principale. L'exemple ferait alors penser à un ''acte manqué" en psychanalyse. Nous
allons revenir sur ces quatre points de vue psychologie de la perception, psycholinguistique,
linguistique et psychanalyse.
4.4.1. LE POINT DE VUE DE LA PSYCHOLOGIE DE LA PERCEPTION
La Gestaltthéorie, en montrant que la différenciation entre une figure et son fond n'existe pas
dans leur image rétinienne, fut la première à signaler que les propriétés du réel ne se
retrouvent pas forcément dans sa projection sensorielle.
Ce qui fait qu'un organisme assigne une signification à une sensation, dans un acte perceptif,
c'est la structuration qu'il y introduit. Dans la plupart des cas, cette structuration est proche de
celle existant dans le récit originel de la sensation, sinon le processus perceptif perdrait sa
définition d'adaptatif ; mais, il ne faut pas oublier que cette structuration n'est qu'une de celles
possibles à partir d'une même sensation.
Cette affirmation a comme corollaire que le processus perceptif ne procède pas à une
analyse exhaustive de la sensation, mais que, au contraire, il effectue un échantillonnage
particulier sur la totalité des informations contenues dans la sensation.
De cette façon, lorsqu'un sujet perçoit un stimulus, l'image perceptive, ou "percept", qui s'en
suit ne dépend pas uniquement des propriétés du stimulus, qui ne pourraient pas expliquer, à
elle seules, le choix structural pris par le sujet. Ce choix est en relation avec d'autres facteurs,
quelques-uns sont propres à la situation, les autres au sujet.
Ces facteurs rendent compte des différentes réponses ou, si on veut, des erreurs constatées
lors de la perception d'un même stimulus.
En manipulant les variables de la situation, beaucoup d'expériences montrent l'influence sur
la perception d'un stimulus de son contexte spatial ou temporel. Par exemple, BRUNER et
MINTURN ( 1955 ) montrent qu'un stimulus ambigu ( I3 ) formé par un i majuscule et un trois,
est perçu comme un B ou comme un 13, selon qu'il est présenté à l'intérieur d'une série de
lettres ou d'une série de chiffres, respectivement.
En faisant varier le contexte temporel, une expérience assez connue ( reprise p.e. par
PIAGET - 1961 ) montre qu'un cercle peut être jugé plus petit qu'un autre qui lui est pourtant
identique, lorsque leur présentation est précédée d'une série de projections de deux cercles
dont l'un est, effectivement, plus petit que l'autre. Cela a comme effet de sous dimensionner,
dans la présentation test, le cercle qui occupe la place du plus grand des précédents.
Dans les facteurs qui reviennent au sujet, certains sont passagers et ils peuvent être induits
expérimentalement, d'autres sont plus durables, revenant aux motivations profondes de
l'individu, et ils ne peuvent être que constatés par l'expérimentateur.
On rappelle, comme exemple de facteur induit, l'expérience de WISPELL et DRAMBAREAN
( 1953 ) qui montre que des sujets soumis à un jeûne identifient plus facilement dans une série
de stimulus ambigus, ceux qui se rapprochent d'une représentation de nourriture. Les
facteurs profonds de l'individu agissant sur la perception sont très varies : croyances, valeurs,
stéréotypes, ...
Ils sont parfois englobés dans le concept de "cadre de référence" ( cf. LEVY - 1965 ).
Comme exemple, on citera l'expérience devenue classique de POSTMAN et al ( 1948 ) qui
montre que le cadre de référence - les valeurs dominantes - du sujet, influe sur sa perception
de la langue : les sujets expérimentaux en arrivent à imaginer des mots qui ne leur ont pas
été présentés, mais qui correspondent à leurs cadres de référence.
Pour en revenir à l'exemple du conducteur qui quitte sa route, la psychologie rappelle que la
perception, et ses erreurs, dépendent autant de l'agencement du stimulus dans son contexte
- l'enchaînement des routes – que des motivations et dispositions du perceveur- le
conducteur -.
4.4.2. LE POINT DE VUE DE LA PSYCHOLINGUISTIQUE
Dans la continuité des travaux de la psychologie de la perception, l'activité linguistique
apparait comme un domaine privilégié de recherches. La langue, formée d'unités plus ou
moins discrètes, assemblées par des systèmes de règles spécifiques, est un matériau dont
les changements peuvent être aisément confrontés avec le sujet humain, qu'il en soit
producteur ou récepteur. Dans le but poursuivi ici, c'est la deuxième activité qui intéresse : le
sujet humain en tant que récepteur de la langue, auditeur ou lecteur.
L'application de la théorie de l'information à la langue ( cf. p.e. BRESSON - 1965 ) permet de
découvrir une très forte redondance à tous ses niveaux : des lettres, des mots, sémantique,
grammatical, syntaxique. Cela se traduit par le fait que, à chaque niveau, les éventualités
d'apparition des unités ne sont pas équiprobables, et que ces éventualités sont liées aux
unités précédentes.
L'étude de l'activité de réception de la langue ( audition, lecture ) montre que cette redondance
est, au moins partiellement, utilisée par le récepteur de façon à ne pas procéder à un examen
exhaustif des unités de la langue pour les identifier. Ce phénomène est appelé
communément en psycholinguistique "anticipation". Les données expérimentales s'y
rapportant ( cf. p.e. NEISSER - 1976 ) conduisent à reléguer comme périmée l'ancienne
croyance selon laquelle la réception de la langue résulterait d'un décodage lettre par lettre, ou
mot par mot, pour lui substituer un processus dynamique, où le récepteur cherche dans le
discours en même temps, les indices lui procurant des hypothèses ( principalement sur le
sens ), et ceux lui permettant de les confirmer.
En particulier, l'étude des mouvements oculaires lors de la lecture ( cf. O'REGAN et
LEVY-SCHOEN - 1978 ) permet de penser que plus le texte déjà lu autorise les hypothèses
sur le texte à lire, plus le nombre de mots compris entre deux fixations du regard est grand.
Des phénomènes similaires sont utilisés lors des entraînements à la "lecture rapide".
De même, l'anticipation induit parfois le récepteur en erreur, lui faisant préférer une unité
probable à celle, improbable, se trouvant dans le discours, et dont le "déchiffrage"
demanderait un arrêt dans le rythme de lecture. Ainsi FIJALKOW et al ( 1980 ) montrent que
lorsqu'un texte permet d'anticiper fortement un mot particulier, le lecteur ne perçoit pas une
erreur introduite dans ce mot.
Dans cette optique, l'explication n'est plus à chercher dans les motivations profondes du
sujet, mais dans son expérience de la langue, et dans l'adéquation entre cette expérience,
toujours subjective, et le discours auquel il est confronté. Le degré de cette adéquation
aidera, ou nuira, à la réception du message contenu dans le discours.
D'une façon générale, cette optique permet de comprendre les mauvaises compréhensions
d'un texte, lorsqu'il comporte, à un passage particulier, une tournure, une construction, un
sujet... différent des autres éléments que le sujet rencontre dans tout le reste du texte. Le
lecteur aura des chances d'aborder ce passage particulier en n'y cherchant que les indices
qui placeront le passage à l'intérieur de la classe ( sémantique, syntaxique, ... ) qui est la
constante dans le reste du texte.
L'analogie avec le conducteur qui quitte sa route est donc la suivante, l'expérience subjective
que le conducteur avait de ce type de route lui permettait de penser qu'elle continuait toute
droite ; ses attentes l'ont poussé à adopter une conduite qui s'est avérée inadéquate à la
réalité de la route en question.
4.4.3. LE POINT DE VUE DE LA LINGUISTIQUE
La référence à l'implicite linguistique dans notre exemple du conducteur égaré, conduit à
analyser un domaine bien particulier ici, l'analogie n'est pas à chercher chez le conducteur,
mais dans la route elle-même ( ou dans l'intention de son auteur ).
Dans la linguistique actuelle ( cf. DUCROT - 1969, 1972 ), l'implicite apparait comme la façon
de dire quelque chose comme si on ne l'avait pas dite, soit parce que cette chose appartient
aux tabous linguistiques, soit parce qu'on ne veut pas encourir la responsabilité de l'avoir dite.
Cela revient, dans notre exemple, à rappeler l'existence de l'ancienne route, voire à la
conseiller, sans rien enlever au caractère officiel de la route principale.
Un des procédés d'implicitation consiste à donner au destinataire des éléments pour qu'il
cherche à se demander les motivations possibles de l'énonciation d'un passage particulier ;
cela peut être fait, par exemple, en soulignant ce passage par l'intonation, ou en introduisant
dans ce passage des éléments syntaxiques ou sémantiques qui le détachent de ceux qui
précédent.
Un cas particulier de ce procédé ( et qui lui est d'une certaine façon opposé ) est bien connu
des journalistes ; c'est l'introduction dans une série d'informations d'une même classe, d'une
information différente, indiquant ainsi au lecteur que cette information doit être considérée à la
même place que les autres, sans que pour cela le locuteur en prenne la responsabilité.
Par exemple, le journaliste présentera une information attribuée à quelqu'un ou signalée
comme une rumeur, avec un groupe d'informations de première main et dûment vérifiées.
Textuellement le passage contient, en même temps, le contenu d'une affirmation et son
auteur. Mais l'énonciation met l'accent sur la contenu en soulignant implicitement le crédit qui
lui est accordé puisque l'information est publiée avec d'autres dont le journaliste se fait
entièrement responsable.
Que le récepteur comprenne toute cette démarche, ou que, par un effet d'anticipation dû au
contexte ( voir l'alinéa précédent ) il considére l'information en question directement avec le
même statut que pour celles qui l'entourent, le but recherché est toujours atteint : présenter
cette information avec ce statut, sans en prendre la responsabilité.
4.4.4. LE POINT DE VUE DE LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT
Le fait même que le contenu implicite n'est pas, par définition, avoué par le locuteur, permet
de poser une hypothèse alternative quant à l'intention de celui-ci. On peut effectivement
penser que ce contenu n'a pas été prévu par le locuteur, même si en tout état de cause, il est
l'explication la plus cohérente avec l'enchaînement logique du discours.
La linguistique fait fort bien la différence entre ces deux hypothèses, en distinguant les
différents procédés d'implicitation de la langue, qui y correspondent. La ruse consistant à faire
croire qu'on dit ce qui en réalité n'est pas dit, correspond aux "manœuvres stylistiques",
pendant que l'implicite qui s'éloigne des intentions conscientes du locuteur, et qui n'est
découvert que par une réflexion critique, est appelé "manifestation involontaire" ( DUCROT - 1972 ).
Plus proche du locuteur, la psychanalyse se présente comme la théorie pouvant donner un
sens à ces manifestations de la conduite qui semblent échapper à la volonté - à la
conscience - du locuteur ( et aussi à celle du récepteur ).
La psychanalyse explique ces conduites comme la réalisation d'une manière symbolique des
désirs non avoués – inconscients - du sujet, réalisation s'effectuant malgré lui, ou au moins à
son insu.
FREUD a largement montré comment aucun comportement humain ne peut pas être
considéré comme gratuit mais, au contraire, qu'il essaye de satisfaire, même si ce n'est que
d'une façon symbolique, les motivations du sujet.
Pour ce qui concerne un locuteur particulier, il va de soi que ce n'est que celui-ci, en ultime
instance, qui est capable de découvrir si l'agencement particulier de son discours relève d'une
intention qui n'était pas la sienne – consciente - au moment de l'élocution. Il en va de même
pour le choix de ses sources d'information et pour la vérification de ces dernières...
Un observateur ne peut qu'émettre des hypothèses en fonction de ce qu'il croit connaître des
croyances, désirs, envies du locuteur. Mais les idées de base de la psychanalyse peuvent, en
abandonnant la démarche clinique centrée sur un sujet particulier, nous éclairer sur ce qui
revient à l'auditeur ( ou au lecteur ) dans l'assimilation d'un implicite à l'explicite, dans la
"lecture" de ce qui n'est pas dit comme si c'était dit, assimilation comprise dans le sens d'une
réalisation de ses désirs. Cette hypothèse est, à l'opposé du cas d'un locuteur particulier, la
seule capable d'expliquer, d'une manière générale, l'erreur - puisque erreur il y a - de la part
des lecteurs d'un groupe. En particulier, cette hypothèse peut s'appuyer sur des observations
lorsque cette erreur devient explicite dans le discours des auditeurs devenus locuteurs ( dans
l'énonciation d'une pure interprétation, comme s'il s'agissait d'un "fait" scientifique, par
exemple ).
Pour mieux cerner cette hypothèse, il suffit de rappeler ce qui a été signalé plus haut sur la
façon dont les croyances d'un sujet influent sur sa perception de la langue, lui faisant lire
parfois ce qui n'est pas écrit.
A quel point de la déformation de l'information, les erreurs d'interprétation deviennent-elles
des mensonges, des affabulations, de la part d'un sujet ? Au bout du compte, peu importe de
connaître ce seuil, dans la mesure où erreur d'interprétation et mensonge fournissent tous les
deux de fausses informations et relèvent des intentions non avouées du sujet.
REFERENCES
CONCERNANT LES PARAGRAPHES :
4.1. QUESTIONS DE PRINCIPE
4.2. QUELQUES ASPECTS PRATIQUES
4.3. POLEMIQUE DE LA RECHERCHE ET RECHERCHE DE LA POLÉMIQUE
GEPAN, donc je suis !"
G. BARTHEL, J. BRUCKER M. MONNERIE
Revue "Science et vie" avril 1980
"Nouvelles lueurs sur les soucoupes volantes''
M. ROUZE
AFIS (Cahiers de l'Agence Française d'Information Scientifique) n° 94 - février 1980
"Ies charlatans du paranormal"
Pascale FROMENT-BOUMANN
Reader's Digest - juillet 1980
"Le message des OVNI"
H. REEVES
"La Recherche" n° 102 - juillet 1979
"Un nouveau cas de Lumière solide"
Propos recueillis par M. MONNERIE
L. D. L. N. - 1974
"La Recherche" n° 108 - février 1980
Bibliographie p. 238
"Sur les détracteurs de JUNG, et certains qui s'en réclament"
JJ. JAILLET – L.D.L.N. - n° 167 - août/septembre 1977
"Un naufrage"
JF. GiLLES - Revue Inforespace - mars 1978
"Quelques réflexions sur l'impopularité actuelle de l'hypothèse extra-terrestre"
J. F. GILLES - Inforespace - mai 1979
"L'isocélie de FUMOUX : vers une logique des atterrissages d'OVNI ?"
JF. GILLES - L.D.L.N. n° 192 - février 1980
"A visit from the new chief of GEPAN"
CUFOS Bulletin été 1979
"Analyse d'un rapport particulièrement crédible ou l'enquête au second degré"
D. CAUDRON - Inforespace - n° 3 hors série - déc. 79
"First summar y of the work of the french govermnent's "GEPAN" UFO organization"
International UFO Reporter - Vol 3 n° 11/11 - oct/nov 1978
"GEPAN France's official UFO agency"
International UFO Reporter - Vol 5 n° 4 - janvier 1980
"OVNI : bizarre, j'ai dit bizarre …"
Aimé MICHEL - Recherches ufologiques - n° 5 – 1er trimestre 1979
"OVNI : le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France"
M. FIGUET, J. L. RUCHON
Ed. Alain LEFEUVRE - 1979
17 - "Le naufrage des extra-terrestres"
M. MONNERIE
Nouvelles éditions rationalistes - 1979
LECTURES
"Le GEPAN et l'étude du phénomène OVNI"
Plaquette d'information - CNES/GEPAN
Février 1979
Note technique n° 2 du GEPAN
Document CNES/GEPAN
Ph. BESSE - avril 1980
Etude statistique des rapports d'observation du phénomène OVNI
C. POHER
Document CNES
RÉFERENCES
CONCERNE LE PARAGRAPHE 4.4. : A PROPOS DES ERREURS DE LECTURE
BRESSON F.
"Langage et communication" in FRAISSE P., PIAGET J.
Traité de psychologie expérimentale, t. VIII, Paris, P.U.F., 1965
BRUNER J. S., MINTURN A. L.
"Perceptual identification and perceptual organization"
J. Gen. Psychol., 1955, 53, 21-28
DUCROT O.
"Présupposés et sous-entendus"
Langue Franç., 1969, 4, 30-43
DUCROT O.
"Dire et ne pas dire, principes de sémantique linguistique"
Paris, Hermann, 1972
FIJALKOW J. CAMBON J., JIMENEZ M.
"Techniques pour l'étude de l'anticipation au cours de la lecture"
Psychologie et éducation, 1980, IV, 1, 3-18
LEVY A.
"Psychologie sociale, textes fondamentaux anglais et américains"
Paris, Dunod, 1965
NEISSER U.
"Cognition and reality"
San Francisco, Freeman 1976
O' REGAN K., LEVY-SCHOEN A.
"Les mouvements des yeux au cours de la lecture"
Année Psychologique, 1978, 78, 459-492
POSTMAN L., BRUNER J., McGINNIES E.
"Personal values as selective factors in perception"
J. Abn. Soc. Psychol., 1948, 18, 142-154
PIAGET J.
"Les mécanismes perceptifs"
Paris, P.U.F., 1961
WISPE L. G., DRAMBAREAN N. C.
"Physiological needs, word frequency and visual duration thresholds"
Journal experimental psychology, 1953, 46, 25-31
ANNEXE 1
L.D.L.N. n° 192 - février 1980

ANNEXE 2
MONNERIE
Paris le 11 août 80
Ref : 172
Monsieur,
Dans un domaine où la rumeur tient lieu d'information on ne peut que se réjouir lorsque
quelqu'un tient à se renseigner aux sources. C'est pourquoi je répondrai à votre curieuse
requête.
Il est parfaitement exact que j'ai - non pas avoué ( peut-on avouer la faute des autres ? ) mais
regretté la façon dont la revue Science et vie a présenté nos textes. Les titres et les
illustrations ( sauf une : Michelin la plaine ) nous sont parfaitement étrangers. Les encadrés
sont de la rédaction et au mieux très vaguement inspirés par notre prose.
Quant au texte proprement dit : nous avions fourni un ensemble composé ainsi : OVNI un
faux problème contemporain : 7 feuillets, La non-spécificité en matière d'ovni : 3 f, l'affaire
Cosmos 300, 3 f., La chasse iranienne poursuit un ovni : 7 f., Identifions le Non-Identifié : 4 f.,
On vous dupe ou le mécanisme des vagues : 4 f., Franck Fontaine ...1 f., et enfin, l'illusion de
l'ufologie scientifique : 12 f.
Sur cet ensemble de 41 pages dont 12 consacrées au GEPAN nous avons eu la surprise de
nous rendre compte que S et V avait donné plus de 50 % de ses colonnes au seul texte
concernant le GEPAN.
Ceci entraîne plusieurs conséquences que nous ne souhaitions point. Le volume de texte à
vous consacre ainsi que le titre, donne la regrettable sensation d'une attaque de votre
organisme. D'autre part le résumé trop succinct du reste donna la fâcheuse impression d'une
superficialité de nos explications.
Enfin la retranscription de nos textes dans un style acide et l'usage d'un vocabulaire mordant
laisse à penser que nous sommes dédaigneux. Pourtant notre seul soucis est de comprendre
ce qui peut advenir aux témoins sincères. S'il nous fallait être sévères ce serait envers ceux
qui exploitent le public ou le trompent.
Je vous fait parvenu copie du texte consacré à votre GEPAN. Vous constaterez, en suivant
mot à mot, combien le vocabulaire à été modifié. Mais aussi que le fond n'a subit que
d'imperceptibles changements.
De ce texte (l'original) je n'ai rien à renier. L'affaire de Luçon... nous sommes d'accord : elle
est regrettable. Quant au rapport Poher, désolé, mais il travaille sur des racontars si je me
réfère aux sources qu'il donne.
Vous ne pouvez le défendre que si vous considérez Guieu comme sérieux ( nous le saurons
le 15, si les E. T. viennent à Cergy ). On pourrait arguer que le GEPA est une source plus
sérieuse, soit. Mais lorsque C.P. en a extrait 251 cas il n'y avait que 30 bulletins de parus,
donc un peu plus de 8 cas par bulletin ! Ces bulletins contenaient une, deux rarement trois
enquêtes, que sont les cinq autres ? S'il vous plait.
Dites moi que Poher a établi le portrait d'un mythe mais pas d'un phénomène.
Bref, l'article n'avait pas pour but de vous désavouer. Il souhaitait expliquer et aussi mettre en
garde contre une tendance du public à voir dans le GEPAN une officialisation de son
phantasme.
Le courrier reçu à la suite de cet article ne peut que nous conforter dans notre hypothèse.
La majorité s'indigne d'une façon viscérale sans plus : on a attaqué son dogme c'est
intolérable. Même genre de réaction qu'à la suite d'une parodie du voyage du Pape, d'une
déclaration d'extrême gauche ( ou droite ) pour les gens du bord opposé.
Quelques uns nous "balancent" (sans réfléchir) les "vérités" dialectiques diffusées par
Bourret : "il y a des témoins dignes de foi, les hallucinations ne laissent pas de traces, les
gendarmes sont sérieux, etc, etc…"
Une bonne moitié nous envois une observation personnelle ( vague, imprécise ), sous
entendu ; vous pouvez toujours nous prendre pour des crétins mais je l'ai vu, de mes yeux vu,
et je sais ce que je dis. Rien d'intéressant dans ce fatras.
(Passons sur les illuminés.) Un ou deux correspondants font l'apologie d'une ufologie
scientifique avec intelligence et érudition. Objection retenue : mais ne renversons pas les
rôles, S.V.P. C'est à vous, Messieurs de démontrer, de prouver ( scientifiquement s'entend )
que vous avez raison. Ce n'est pas à nous de prouver que "ça" n'existe pas. C'est de toute
façon impossible.
Lorsqu'un phénomène apparait on peut créer mille hypothèses. Le travail de la science n'est
pas de démontrer que 999 sont fausses, mais que une est à peu près exacte, non ?
Dans tout ce courrier bizarre un seul "machin" qui pourrait être intéressant.
Malheureusement, cas ancien,1976, de 2ème main, et à l'étranger.
Si ce n'est pas trop déformé (ou faux) des cousins du lecteur ont vu ( en Allemagne ) une
"boule" survoler des tracteurs, puis atterrissage apparent, arrêt du tracteur, phares, etc.
Important : les témoins se sont arrêtés et ont pris contact avec les agriculteurs. Celui qui
conduisait le tracteur survolé était "dans un état second". Donc témoignages indépendants.
Il y a aussi effets sur le sol, la peinture du tracteur.
Aucune opinion sur ce cas inenquêtable pour nous. S'il est authentique ce pourrait être un
ovni, ou plus sérieusement un car rare de plasmoïde ou d'un effet physique dont la mise en
évidence pourrait être la plus grande gloire du GEPAN. C'est pourquoi, si vous n'avez pas été
contacté par ce garçon je vous fournis son adresse : XXXXXXXXXX
En espérant que vous ne considérez point mon attitude ( et celle de mes amis ) comme
manifestation d'une idéologie rationaliste ( nous n'en avons point quitté une à grand fracas
pour entrer dans une autre ) mais bien comme l'expression d'un doute et d'une suspicion
conformer à la méthode scientifique, je regrette ( nous regrettons ) encore une fois que S et V
donne l'impression qua nous claquons une porte que nous souhaitons sincèrement
entr'ouverte.
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de nos salutations les meilleures.

CHAPITRE V
CONCLUSION DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS
A. ESTERLE
Nous avons dans les chapitres précédents, examiné la valeur de certains résultats et évoqué
les problèmes posés par des pratiques particulières.
Sur ces deux plans (théorisation et information), nous avons pu voir en action quelques-uns
des pièges que nous signalions au Chapitre II à partir de l'esquisse d'une représentation de la
recherche sous forme tétraédrique*.
(*) Nous présentons dans des Notes Techniques (Notes 5, 6 et 7) des comptes rendus d'enquêtes où
apparaîtront les mêmes pièges et l'on verra comment ils peuvent être contournés.
Le Chapitre III a montré les erreurs graves dans l'organisation des calculs des auteurs de la
théorie de l'isocélie. Une autre insuffisance de leur approche consiste à ne pas considérer les
paramètres sociologiques ( densité de population par exemple ) qui ne sont pas sans influence
sur les données recueillies. Il y a là confusion sur ce que représentent les données. Loin
d'être directement issues des stimulus, elles ne sont qu'un reflet complexe d'un ensemble
d'éléments divers ( observation par un ou plusieurs témoins, information à partir de
l'observation, enquêtes... ). Cette confusion si fréquente, est clairement mise en évidence à
travers la construction tétraédrique.
L'information pratiquée à propos des phénomènes aérospatiaux non identifiés montre aussi
de graves défauts dont nous avons donné quelques exemples. Ces défauts sont associés la
plupart du temps, au désir de défendre une théorie mais chose remarquable, paraissent
indépendants d'elle. On retrouve les mêmes lacunes sous la plume d'auteurs soutenant des
hypothèses diamétralement opposées et mutuellement exclusives. L'une d'entre elles
consiste à ne considérer que l'un des pôles d'observables, au détriment des autres croyant
pouvoir atteindre ainsi la nature première des stimulus intervenant, par un raisonnement soit
exclusivement psychologique ( sur les témoins les chercheurs... ) soit exclusivement physique
en ignorant les incertitudes du témoignage.
Un corollaire immédiat de cette attitude consiste alors à développer ses idées en se
méprenant sur la nature des observables : une rumeur est un reflet psychosociologique, une
observation est un reflet par le biais des témoins, etc... et doivent être examinés en tant que
tel.
Tout ceci nous montre clairement le piège tendu au chercheur intervenant dans cette affaire
et qui, placé à la surface du tétraèdre, introduit, par son action et le contenu des informations
qu'il publie, de nouvelles données qui interagissent directement avec l'environnement
psychosocial sans pour autant être issue des stimulus mais plutôt de ses convictions propres.
Ainsi, l'accélération des événements ufologiques dont nous parlions au début de cette Note, a
bien donné ce que l'on pouvait en attendre : la mise à nu de quelques aspects stériles et
incohérents des démarches ufologiques celles qui sont parmi les plus éloignées de toute idée
da recherche rigoureuse ( signalons dès à présent, que les observations faites durant cette
période ont aussi entraîné des réactions et des comportements très particuliers qui seront
évoqués dans des comptes rendus d'enquêtes, à l'occasion de Notes ultérieures ).
Mais, ces mêmes événements ont aussi permis, en retour, de révéler ces pièges et d'en
concevoir les garde-fous. L'étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés peut se
développer sur des bases plus saines.
Les données relatives à la période s'étendant de novembre 79 à l'été 80 ne se sont pas
limitées aux sujets traités dans le présent document. D'autres éléments sont intervenus dont
certains ont soulevé des problèmes relevant beaucoup plus directement des sciences
physiques. Assez curieusement, ces éléments ont été peu repris par la presse. L'intérêt
journalistique et l'intérêt scientifique semblent être divergents...
Ces autres sujets seront traités dans des documents à venir. Il n'est donc pas question de
considérer que les éléments discutés ici permettent de tirer des conclusions générales
englobant tous les aspects du problème. Il ne s'agit que de quelques éléments particuliers
parmi d'autres.
FIN
© CNES
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