CENTRE NATIONAL D'ETUDES SPATIALES

Groupe d'Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés

Toulouse, le 30 mars 1981
N° 090 CT/GEPAN


 

NOTE TECHNIQUE
N°5


 

Compte rendu de l'enquête
GEPAN n° 79/03

 




SOMMAIRE

1 - RÉSUMÉ DE L'ENQUÊTE DE GENDARMERIE

2 - INTERVENTION DU GEPAN

  • 2.1. QUELQUES ELEMENTS SUR L'ENVIRONNEMENT
  • 2.2. ENQUETE MENEE AUPRES DE LA FAMILLE ARMAND
    • 2.2.1. Témoignage de M. Armand
    • 2.2.2. Témoignage de Mme Armand
    • 2.2.3. Témoignage de Mlle Armand
  • 2.3. ENQUETE MENEE AUPRES DE LA FAMILLE RAOUL
    • 2.3.1. Témoignage de M. Raoul
    • 2.3.2. Témoignage de Mme Raoul
  • 2.4. ENQUETE MENÉE AUPRES DU TÉMOIN M. BERNARD
    • 2.4.1. Récit du témoin
    • 2.4.2. Localisation et position du phénomène
    • 2.4.3. Paramètre temporel
    • 2.4.4. Caractéristiques de la lumière
    • 2.4.5. Anomalies physiques constatées pendant l'observation
    • 2.4.6. Réactions et interprétation immédiates

3 - ANALYSE DE LA CONCORDANCE DES TÉMOIGNAGES

  • 3.1. TABLEAU GÉNÉRAL
  • 3.2. LOCALISATION DU PHENOMENE LUMINEUX
  • 3.3. ANALYSE DE LA CONCORDANCE INTER-TÉMOIGNAGE/ANOMALIES PHYSIQUES
  • 3.4. PREMIERE TENTATIVE D'EXPLICATION

4 - DONNÉES COMPLÉMENTAIRES

  • 4.1. DONNÉES MÉTÉOROLOGIQUES
  • 4.2. DONNÉES RELATIVES A L'ÉLEVAGE DES POISSONS &LES EFFETS CONSTATES
    • 4.2.1. Les étangs
    • 4.2.2. Les poissons
    • 4.2.3. Contrôles et analyses effectuées
  • 4.3. LES LIGNES ÉLECTRIQUES
    • 4.3.1. Topographie du réseau de distribution sur les lieux
    • 4.3.2. Caractéristiques de la ligne moyenne tension
    • 4.3.3. Système de contrôle et de surveillance des lignes
  • 4.4. L'ÉCLAIRAGE PUBLIC
    • 4.4.1. Installation dans V1 du système d'éclairage public
    • 4.4.2. Évaluation du phénomène perçu le 10.03.79
  • 4.5. AUTRES ANOMALIES PHYSIQUES
    • 4.5.1. Le poste de radio
    • 4.5.2. Le bracelet montre
    • 4.5.3. Apparition de boutons signalé par un témoin

5. SYNTHÈSE ET TENTATIVE D'INTERPRÉTATION

  • 5.1. INCIDENTS SUR LES LIGNES ÉLECTRIQUES
  • 5.2. ANOMALIES PHYSIQUES
  • 5.3. SCÉNARIO POSSIBLE DES ÉVÉNEMENTS

ANNEXE
Compte rendu d'enquête effectué par un groupe ufologique privé.

 




 

3. ANALYSE DE LA CONCORDANCE DES TÉMOIGNAGES

L'ensemble des éléments recueillis lors des enquêtes Gendarmerie et GEPAN est présenté sous la forme d'un tableau comparatif.

 

3.1. TABLEAU GENERAL

Un examen rapide ne fait pas apparaître de contradiction flagrante dans l'appréciation globale du phénomène perçu par les divers témoins. Des différences apparaissent essentiellement dans la durée estimée, l'heure et aussi dans la terminologie employée.

 

3.2. LOCALISATION DU PHENOMENE LUMINEUX

La multiplicité des témoins et de leurs positions géographiques permet un calcul par triangulation en incluant les différentes incertitudes sur les directions alléguées. Le calcul graphique ( voir figure 5 ) conduit à la conclusion que le phénomène observé par les témoins se situait vers le milieu du deuxième bassin. On peut noter que un seul des 6 témoins a fourni la localisation exacte du phénomène ( Mme Armand dit : "j'ai vu le feu sur une des lignes électrique qui traverse un étang, ... presque au milieu de l'étang" ). De plus, aucun des autres témoins n'est en contradiction avec ce résultat.

Pour ce qui est de l'altitude, Mme Armand précise que le phénomène était sur un fil électrique et M. Raoul estime l'altitude à 10 m. Les poteaux électriques mesurant 8 m, ces données conduisent à spécifier que le phénomène se trouvait sur les fils électriques. Là encore, aucun des témoignages ne vient contredire ce résultat.

  • L'HEURE

    Une estimation du moment précis où a été vu et entendu le phénomène n'a été rapporté que par M. Bernard, car il a dans son restaurant une pendule électrique qui a cessé de fonctionner lors de la coupure d'électricité. Les cinq autres témoins n'ont qu'une vague idée de l'heure.

  • LA DUREE

    Exceptés Mme Raoul et son mari, les autres témoins indiquent la durée du phénomène aux alentours d'une minute tant pour la lumière que le bruit qui l'accompagnait. M. Raoul ne semble pas apprécier très précisément le temps puisque lors de la reconstitution, il détermine une durée effective de 2' 10" alors que sa déclaration mentionnait une durée de 3' à 4'.

  • LE BRUIT

    Trois témoins ont entendu un bruit ( famille Armand ), les trois autres témoins disent n'avoir rien entendu du tout. Signalons que le couple Raoul se trouvait à l'intérieur de sa voiture en marche et que le restaurateur était à une bonne distance de la zone où s'est produit le phénomène.

    Pour les trois témoins ayant perçu le bruit, nous pouvons étudier la concordance et la précision dans leurs récits. 3/3 témoins indiquent que le bruit était "fort et sourd". 2/3 témoins indiquent une notion d'intermittence : "ondulé crépitement, saccadé, cadencé". Tous ces témoins se trouvaient près du lieu de l'événement ( au-dessus de l'étang n° 2 ).

  • LA LUMIERE

    Reprenons les données contenues dans le tableau et qui concernent la couleur, l'intensité, la forme de la lumière.

    • La couleur

      Il existe une certaine cohérence interne par groupe de témoins sur l'appréciation de la couleur.

      • 3/6 témoins (famille Armand) indiquent une couleur violette.
      • 2/6 témoins (couple Raoul) indiquent une couleur verte.
      • 1/6 témoin (M. Bernard) indique une couleur bleu/verte.

      Le décalage chromatique dans le vert donné par le couple Raoul peut être aisément expliqué par le fait que les témoins ont perçu la lumière au travers de la vitre teintée (verte) de leur voiture. Cette vitre joue le rôle d'un filtre correcteur et atténuateur. La terminologie employée pour préciser cette couleur est faite par comparaison avec une référence visuelle.
      Ainsi,

      • Mme Armand "soudure à l'arc"
      • Mlle Armand "bleu de soudure"
      • M. Bernard "soudure"
      M. Raoul est le seul à préciser la présence d'une couleur rouge orangée ( 172 échelle Pantone ) à l'extinction du phénomène.

    • Intensité de la lumière

      Tous les témoins s'accordent pour dire que celle-ci était "forte" ou "très forte".
      Il n'est pas fait référence à une terminologie scientifique ( par exemple, en terme de magnitude ). Il y a seulement des appréciations qualitatives.

    • Forme de la lumière et de la source lumineuse :

      Il n'y a pas de description détaillée de la forme à l'origine du phénomène lumineux. Les témoins sont cohérents entre eux quand ils décrivent un phénomène diffus, éclairant tout ou partie de leur champ visuel.

      Mme Armand décrit un détail qui a marqué sa vision : la présence de boules de feu qui tombaient en pluie de la source principale.

      M. Raoul bien qu'étant à une distance relativement lointaine de la source indique que sa forme était celle d'une boule ( P.V. ) mais qu'au moment de l'extinction, il notait la présence de deux boules rouges incandescentes aux extrémités de celle-ci.

 

3.3. ANALYSE DE LA CONCORDANCE INTER-TEMOIGNAGE RELATIVE AUX ANOMALIES PHYSIQUES CONSTATEES PENDANT LE PHENOMENE

Au-delà du fait que le phénomène étant perceptible sous une forme lumineuse, un certain nombre d'anomalies ont été signalées par les divers témoins pendant la durée du phénomène lumineux.

Ces anomalies ont une importance de premier ordre, dans la mesure où ils confirmeront ou infirmeront telle ou telle hypothèse, lors de la tentative d'explication.

  • COUPURE DE COURANT ELECTRIQUE

    Deux témoins sur six signalent un fait concomitant de l'apparition du phénomène lumineux qui est l'arrêt de l'alimentation électrique de leur lieu d'habitation. Il s'agit de Mlle Armand ainsi que M. Bernard qui ajoute par ailleurs avoir constaté l'extinction de l'éclairage public dans les mêmes conditions. Aucune intervention de la part des témoins n'a eu lieu ( remise en route manuelle du disjoncteur ) pour remettre le circuit électrique en marche. Celui-ci est revenu de lui-même dès l'arrêt du phénomène, ce qui explique pourquoi M. Armand, contrairement à sa fille, ne constate pas de coupure de courant.

  • ALLUMAGE DEFECTUEUX

    M. et Mme Raoul ont noté que leur voiture dont l'allumage est défectueux ( calage fréquent ) à chaud, n'a pas eu d'incident de ce type au démarrage consécutif à leur arrêt.

 

3.4. PREMIERE TENTATIVE D'EXPLICATION

Nous nous trouvons dans un cas où des témoins nombreux, dispersés et relativement indépendants au moment de l'observation, fournissent des discours très largement concordants, sauf sur le plan de l'interprétation du phénomène : seul M. Raoul prête au stimulus les caractères d'un objet construit ( "appareil" ) au comportement intentionnel ( "la lumière nous a suivis" )*.

(*) Comme à l'habitude, le GEPAN a procédé au recueil et à l'analyse détaillée des implications subjectives des témoins dans leurs observations et leurs témoignages (croyances, interprétations, réactions immédiates ou émotionnelles, etc...).
Dans le cas présent, ces données et ces résultats n'apportent rien à la compréhension générale du cas et ne sont donc pas fournis en détail.

Il est aussi possible de localiser le phénomène avec précision ( près de la ligne EDF au-dessus du 2ème étang ) et d'en dégager les caractéristiques physiques principales : durée, couleur, bruit, etc...

Bien évidemment, ces éléments suggèrent l'hypothèse d'incidents de fonctionnement sur la ligne électrique. Toutefois, nous ne saurions en rester là et il nous faut encore, pour conclure, examiner avec précision les informations complémentaires concernant les fonctionnements de la ligne 10 KW, des bassins, de l'éclairage municipal, etc... pour vérifier si cette hypothèse reste cohérente avec toutes les informations relatées : caractéristiques physiques de l'observation, anomalies physiques momentanées ou ultérieures, etc...

 

4. DONNEES COMPLEMENTAIRES

 

4.1. DONNEES METEOROLOGIQUES

La station météorologique la plus proche de V1 ( à 30 km à l'est ) a fourni les données suivantes pour le 11 mars 1979, à 1 h 00 :

  • température : 7,4°
  • humidité : 93 %
  • précipitations : pluie continue toute la nuit
  • nuages : ciel couvert toute la nuit
  • visibilité : médiocre avec brume possible
  • vent : 4 m/s venant de l'azimut 160.

 

4.2. DONNEES EN RAPPORT AVEC L'ELEVAGE DE POISSONS ET LES EFFETS CONSTATES

4.2.1. Les étangs

Description et caractéristiques M. Armand est propriétaire d'un ensemble d'étangs dans lesquels il procède à l'élevage de poissons ( tanches, silures, carpes, ... ) destinés à la vente.

Ces étangs sont situés très près de la demeure familiale puisqu'il suffit à M. Armand de traverser le chemin communal pour être en bordure des bassins ( voir figure 6 ).

Quatre bassins disposés côte à côte en étage, servent à cet élevage piscicole. Le bassin n° 1 est le plus élevé, de telle sorte qu'une circulation d'eau en circuit fermé est établie du bassin n° 1 au n° 4. Cette circulation est assurée au moyen d'une pompe électrique située à côté de la maison de M. Armand. Le débit de cette station de pompage est de 120 m3/heure. La liaison d'écoulement hydraulique se fait par des tuyaux métalliques plongeant quasi horizontalement dans l'étang n° 2 ( voir dessin ) sous forme de mini-cascade.

Ceci n'est évidemment pas valable dans le sens n° 4 n° 1 ou le retour est fait avec une pente positive au moyen de la pompe électrique.

Les dimensions du bassin n° 2 (celui concerné par l'événement) sont les suivantes :

  • longueur : 91 m
  • largeur : 37 m
  • profondeur : 0,70 m

Calcul du volume approximatif : 0,70 x 37 x 91 = 2 300 m3.

C'est-à-dire que dans l'hypothèse d'homogénéité d'écoulement global, toute l'eau de ce bassin serait vidée en 17 heures environ. C'est très lent, mais localement près des embouchures de tuyaux, où le débit se rapproche plus de 2 m3/mn des phénomènes de transmission éventuellement plus rapide peuvent se produire.

Ce système de circulation d'eau est suffisant pour permettre une oxygénation correcte des bassins et par conséquent des conditions de vitalité convenable pour les poissons.

4.2.2. Les poissons

L'élevage piscicole de M. Armand concerne trois sortes de poissons carpes, tanches et silures ( poissons chats ).

  • bassin n° 2 : tanches et silures ( 1 800 kg environ )
  • bassin n° 3 : carpes
  • bassin n° 4 : carpes

Les bassins n° 2, 3 et 4 contenaient des poissons à l'époque des événements. Au moment de l'enquête faite par le GEPAN, les bassins étaient vides.

Pour les anomalies constatées par M. et Mme Armand sur l'état sanitaire des poissons, une première remarque s'impose : il n'y a pas eu constat immédiat mais seulement observation quatre jours plus tard par M. et Mme Armand ( voir témoignage ) de poissons flottants morts, ventres en l'air ( dans le bassin n° 2 ).

Bassin n° 1 : rien à signaler.

Bassin n° 2 : tous les poissons morts ( silures et tanches ).
Il est à noter que M. Armand retirait au fur et à mesure les poissons morts à la surface de l'eau pensant que, ceux-ci retirés, les autres tout en présentant un état anormal ( léthargie ) seraient sauvés, ce qui ne fut pas le cas puisque après plusieurs jours, tous les poissons de ce bassin furent trouvés morts.

Bassin n° 3 : Il contenait des carpes. M. Armand a constaté un aspect "endormi" des poissons comparable à l'état qu'il a déjà vu pour avoir pratiqué la pêche par "décharge électrique".

Bassin n° 4 : aucun effet observé. M. Armand ayant par la suite vendu normalement ces poissons.

4.2.3. Contrôles et analyses effectuées

Il faut noter la chronologie des événements et voir la réaction du pisciculteur face à cette hécatombe :

  • Phénomène lumineux dans la nuit du 10 au 11.03.79

  • constatation de la présence de poissons morts, le mardi 15.03.79

  • le samedi 18.03.79, l'étang est vidé complètement et transfert des poissons vivants restant dans un autre bassin

  • constatation quelques jours plus tard que 80 % des poissons étaient morts, présentant les mêmes symptômes.

Le 15 mars M. Armand analyse l'eau des bassins à l'aide d'une trousse standard de pisciculteur. Les résultats obtenus sont négatifs. M. Armand pour plus de tranquillité d'esprit, rejette l'eau de ses bassins dans la rivière, ce qui ne provoque aucune réaction de la part des riverains ou pécheurs qui auraient pu constater des morts inhabituelles de poissons.

Lors de la visite de la Gendarmerie, le 16 mars, M. Armand confie à la Gendarmerie un poisson ( silure ) à fin d'expertise par des laboratoires spécialisés.

Le silure envoyé ( en retard et dans un état de décomposition avancée ) dans une école vétérinaire a été soumis à une autopsie et une analyse bactériologique dont les résultats sont les suivants :

  • hémorragies cutanées et musculaires, hémorragies du tube digestif, branchies normales, mort probablement en rapport avec une injection bactérienne d'agents pathogènes, dont l'identification aurait nécessité des analyses spécialisées non réalisables dans le laboratoire.

Le GEPAN a pris contact avec l'école vétérinaire pour un complément d'information qu'il a obtenu auprès des responsables du laboratoire :

  • les poissons portaient des traces de plages et griffures hémorragiques, d'aspect rougeâtre évoquant parfaitement la possibilité de brûlures ;

  • le problème pathologique et virologique n'a pas été élucidé faute d'analyses spécialisées. Mais selon les experts du laboratoire d'analyses il n'y aurait aucune raison qu'un virus entraînant une mort assez rapide sur les premiers poissons, ne se soit pas diffusé immédiatement dans les bassins voisins ;

  • les poissons présentaient également un éclatement des vessies natatoires.

 

4.3. LES LIGNES ELECTRIQUES

 

4.3.1. Topographie du réseau de distribution sur les lieux

Principe de distribution

Le village V1 est alimenté en électricité par une régie privée à partir de 3 stations EDF qui peuvent s'interconnecter ( voir figure 1, positions 7, 8 et 9 ).

La ligne électrique de 10 KW qui passe au-dessus des étangs de M. Armand alimente quelques habitations au S-E de V1, à partir d'un poste de distribution situé non loin de la maison des témoins ( voir figure 7 ).

4.3.2. Caractéristiques de la ligne moyenne tension

La ligne électrique moyenne tension qui aboutit au village V1 en traversant les étangs de M. Armand, véhicule une intensité de 40 à 50 A sous une tension de 10 000 Volts.

Cette ligne est supportée par des poteaux ( en béton ) au bout desquels sont fixés les câbles : la portée entre deux poteaux est de 80 à 100 m et la hauteur moyenne par rapport au sol est de 8 m environ. Deux poteaux sont ainsi implantés dans le 2ème bassin ( fig. 8 ).

Schéma représentant la position de la ligne 10 KW au-dessus du bassin n° 2 de M. Armand.

FIGURE 8

Les câbles sont constitués de trois fils conducteurs de 17 mm2 de section chacun. Chaque fil à un cœur en acier entouré d'une tresse en aluminium pur.

Remarquons que l'aluminium fond à partir de 660° ( rayonnement rouge en continu, blanc en impulsion ) alors que l'acier ne fond qu'à une température nettement plus élevée ( 1 300° ).

D'autre part, il faut noter que la présence dans le corps humain par exemple, d'une forte dose d'oxydes d'aluminium est en relation avec une maladie mortelle qui se traduit par une démence pré-sénile puis par une décomposition corticale ( maladie de Alzheimer ) entraînant la mort. La fusion de l'aluminium protégeant les câbles et, selon les dires de Mme Armand, "tombant en gouttes dans l'étang" pourrait avoir introduit dans l'eau une abondance d'oxydes d'aluminium conduisant à un "empoisonnement" progressif des poissons mais dont l'effet aurait disparu après quelques vidanges.

4.3.3. Système de contrôle et de surveillance des lignes

En temps ordinaire, la régie ne vérifie pas les lignes électriques. Elle n'intervient que lorsqu'il y a un incident ou un défaut constaté.

Les contrôles de consommation ne sont faits qu'à partir des centres de distribution et ce sont des contrôles de puissance consommée. La régie n'a pas de moyen direct de vérification d'incidents.

Les centres de distribution EDF effectuent des prélèvements sur des enregistreurs à bande, par des "TOPS" de contrôle dont la fréquence est relativement longue, de l'ordre de 10 minutes. La probabilité d'enregistrement d'une coupure de la durée de celle constatée le soir du 11 mars 79, est donc quasiment nulle.

L'équipe du GEPAN a enquêté auprès des services suivants pour tenter de retrouver une trace de cette coupure :

  • centre radioélectrique des PTT,
  • syndicat d'électricité,
  • base de surveillance militaire radar,

  • Centre radioélectrique des PTT ( V2, voir figure 1 )

    Il s'agit d'un centre d'émission d'ondes longue PTT qui possède un enregistrement automatique sur bande ( papier ) de la consommation de puissance diurne et nocturne. Les diagrammes enregistrés présentent la forme classique en créneaux. Une surtension ou une coupure brusque s'y verrait automatiquement d'après le schéma suivant :

    Nous avons vérifié qu'il n'y avait rien d'anormal cette nuit-là. Ce centre est alimenté par une ligne électrique qui passe à proximité du village V1 mais est indépendant de l'ensemble dépendant de la régie.

  • Syndicat d'électricité (V7, voir figure 1)

    Nous avons vérifié les bandes d'enregistrement papier relatives à la nuit du 10 au 11 mars 79, vers 01 h du matin. Aucune coupure n'apparaît, les "TOPS" sont marqués toutes les 10'. Cependant les techniciens du centre nous ont fait savoir que des personnes avaient constaté des chutes ou baisses de tension sur le réseau, même sur d'autres lignes.

    En cas de surtension ( coupure par disjoncteur ) il n'y a pas de remise en marche automatique, il faut obligatoirement qu'une équipe de techniciens se déplace vers les lieux de la coupure pour remettre en marche le réseau.

    En conclusion, après cette visite, nous pouvons dire :

    • qu'il n' y a eu aucune surcharge prolongée du réseau cette nuit-là,

    • qu'il n'y a pas eu non plus de disjonction cette même nuit.

  • Base de surveillance militaire radar (V4, voir figure 1)

    Ce centre de contrôle est situé à 20 km environ du village V1. Le système de contrôle qui surveille l'énergie fournie par la centrale électrique de la base a un temps de réponse de l'ordre de la microseconde. Et, s'il y a rupture d'alimentation, le relais est passé au groupe électrogène de secours. Tous les mouvements sont enregistrés automatiquement. Aucune anomalie n'a été enregistrée cette nuit-là.

  • Conclusion

    A partir de cette enquête dans les centres de contrôle de distribution et d'utilisation électrique, nous pouvons dire que, malgré l'absence d'enregistrement d'une variation de tension vers 0 h 45' cette nuit-là, et en se fondant donc uniquement sur les témoignages humains, une rupture de débit de puissance électrique d'une durée comprise entre 30" et 1' 30", est intervenue sur le village V1 et en particulier dans la propriété de M. Armand, sans que cette chute de tension soit associée à un court-circuit, à une disjonction, etc...

    Par ailleurs, nous avons vu que la ligne électrique étant de conception ancienne puisqu'elle date de 1924, le témoin M. Armand signale qu'il y avait eu à plusieurs reprises des cassures de cette ligne soit par des oiseaux qui s'y accrochaient, soit parce qu'elle vieillissait et se fragmentait.

    Dans le cas présent, la ligne électrique s'est cassée trois jours après l'observation inhabituelle. Un fragment de ce câble a été récupéré à fin d'analyse. Ce fragment était trop petit pour permettre une étude sérieuse sur la dégradation du câble. Néanmoins, les brins entrelacés au point de rupture présentaient une consistance anormalement molle.

 

4.4. L'ECLAIRAGE PUBLIC

Le témoin restaurateur, M. Bernard, est le seul à constater l'extinction simultanée de l'éclairage public et de l'éclairage de la salle à manger de son restaurant. Cette simultanéité est également mentionnée lors de la fin du phénomène lorsque la lumière est revenue sans intervention du témoin.

Cet éclairage public est constitué de lampadaires à tubes fluorescents commandés par une cellule photo-électrique. Quand la nuit tombe, un déclenchement provoque l'allumage et la mise en route avec ce mouvement par saccades bien connu. Inversement, quand le jour se lève, les cellules reçoivent un flux lumineux supérieur au seuil critique, déclenchant l'extinction.

4.4.1. Installation dans le village V1 du système d'éclairage public

Comme nous le voyons sur la figure 6, le système de déclenchement à cellule photo-électrique de marque LOGUT est placé sur le transformateur entre la ligne principale de 63 KV et la ligne 10 KV qui passe sur les étangs et alimente quelques maisons. Les lampadaires ne sont donc pas alimentés par la ligne 10 KV.

4.4.2. Evaluation du phénomène perçu le 10 mars 79

Dans le cas qui nous occupe, le phénomène d'extinction et de ré-allumage est concomitant du phénomène lumineux observé au-dessus des bassins de M. Armand, ce qui ne veut pas dire que l'extinction de l'éclairage soit intervenue pendant la coupure de courant, car les deux lignes électriques n'alimentent pas les mêmes lieux.

C'est dans le cas qui nous intéresse, la variation d'intensité lumineuse qui a mis en marche le système LOGUT.

Le scénario pourrait être le suivant :

  1. Apparition de la luminosité intense entraînant un dépassement inférieur du seuil critique et un arrêt de l'éclairage public, même s'il n'y a pas de chute de tension du réseau. Ce fait se produit en général progressivement lorsque le jour se lève.

  2. Quand la luminosité décroît brutalement, "il fait nuit noire" et les cellules privées de lumière commandent l'allumage.

 

4.5. AUTRES ANOMALIES PHYSIQUES

4.5.1. Le poste de radio

L'enquête menée par le GEPAN suite aux déclarations de Mlle Armand, concernant le mauvais fonctionnement de son poste de radio n'a pas permis de mettre en évidence une défectuosité de celui-ci.

Le radioélectricien du village V1 à qui Mlle Armand avait confié son appareil et que nous avons consulté, ne peut répondre à cette question sur l'émission quelques heures après l'observation d'un bruit identique à celui entendu le soir du 10 mars 79, simultanément à la lumière.

Nous pensons quant à nous, que la fréquence de réception de ce poste radio a pu être décalée et que le son pouvait être provoqué par un appareil électrique en fonctionnement dans le voisinage.

4.5.2. Le bracelet-montre

M. Raoul lors de l'enquête, nous a confié un bracelet dont il affirme que la couleur a varié après l'observation du phénomène lumineux. Ce bracelet teinté en vert dans la masse, était recouvert d'un revêtement noir. Nous avons récupéré ce bracelet sur lequel il apparait que la face interne, celle qui se trouve en contact avec la peau, présente maintenant une couleur vert foncé qui n'est pas uniforme, et qui résulte probablement de la teneur en acide de la transpiration de la peau qui a décomposé le revêtement de couleur noire.

4.5.3. Apparition de boutons signalée par un témoin

Mme Raoul a indiqué qu'elle avait constaté qu'une irruption de boutons lui était soudainement apparue aux jambes, le lendemain du phénomène. Elle pense que son état de santé précédant cet événement ( grossesse de 7 mois ) ne lui a pas provoqué de telles apparitions. Ces boutons ont par ailleurs disparus quelques jours après sans qu'il y ait eu recours à un traitement quelconque dispensé par son médecin de famille.

Il faut noter que le témoin a été victime d'une grande frayeur et que les réactions dermatologiques sont parmi les traductions les plus classiques des effets psychosomatiques.

 

5. SYNTHESE ET TENTATIVE D'INTERPRETATION

Nous avons pu, au cours des différentes phases de cette enquête, recueillir un ensemble de données tant par le récit des témoins que par les informations supplémentaires recueillies sur les lieux ou auprès des services compétents ( EDF, PTT, Armée, etc ... ). Ceci nous permet d'aborder cette ultime phase c'est-à-dire tenter d'apporter une réponse sur la nature de l'événement qui s'est produit dans la nuit du 10 au 11 mars 1979.

Compte tenu de la localisation précise du phénomène, de ses caractéristiques ( bruit, durée, éclat, ... ) et de ses effets sur l'environnement ( extinction des lumières, mort des poissons, ... ) il est inutile de s'attarder sur les hypothèses "classiques" ( phénomènes astronomiques, passage d'avion, d'hélicoptère, de voiture, ... ). Quant aux données météorologiques banales, elles ne suggèrent aucun phénomène violent. Nous sommes donc conduits à examiner l'hypothèse déjà formulée d'un phénomène à caractère électrique sur la ligne 10 KW qui traverse le bassin n° 2.

A ce niveau de l'enquête, nous pouvons cerner tous les éléments qui sont en faveur d'une telle hypothèse. Si nous acceptons que le centre des facteurs concordants soit situé que la ligne électrique qui traverse les étangs de M. Armand, nous pouvons tenter d'expliquer ce qui s'est réellement passé ce soir-là.

Schéma d'interprétation :

 

5.1. INCIDENTS SUR LES LIGNES ELECTRIQUES

Des phénomènes lumineux peuvent occasionnellement se produire sur les lignes électriques à moyenne et haute tension et certains sont bien connus :

  • les effets couronne,
  • les arcs de puissance,
la conjugaison des deux n'étant pas exclue.

  • Effet couronne :
    Effet lumineux intense, couleur bleuté aux jonctions et isolateurs d'une ligne provoqué par des défauts d'isolation. Dans le cas présent, la vétusté ( ligne datant de 1924 ), les conditions atmosphériques ( humidité de l'air, gouttelettes de pluie, fin de ligne, d'où propagation différente ) concourent à créer des conditions favorables à un effet couronne.

  • Arc de puissance :
    Habituellement absent des lignes moyenne tension. Seule la rencontre des facteurs précédents peut encore expliquer ce phénomène. Le bruit est en général un des aspects les plus caractéristiques d'un arc de puissance ( "ronflement, bruit de soudure" dans le cas présent ). Reste à expliquer qu'il n'y ait pas eu de disjonction.
    L'EDF ne nous a signalé aucune chute de puissance dans le secteur et les disjoncteurs du poste de distribution n'ont pas fonctionné.
    Peut-être leur vétusté propre en serait-elle la cause, p. e. un dé- règlement du seuil de déclenchement.

 

5.2. ANOMALIES PHYSIQUES

Les possibilités que nous venons d'évoquer peuvent rendre compte de la chute de puissance mais n'expliquent pas encore l'ensemble des anomalies physiques constatées.

Les conditions inhabituelles exposées précédemment auraient provoqué à l'endroit le plus "vulnérable" du conducteur, au centre de la ligne au-dessus du bassin n° 2 et ce sur une longueur de 15 m, une élévation locale de la température. N'oublions pas que la ligne transporte 50 A et que les câbles comportaient sans doute des brins d'aluminium déjà oxydés, voire cassés, facilitant l'amorçage du processus.

L'aluminium commence à fondre à température relativement basse ce qui explique la vision de Mme Armand : "je voyais tomber des gouttes, des boules de lumière de cette lueur". Des morceaux tombaient de façon quasi continuelle de la ligne. Ce ne sont que les brins en aluminium puisque l'acier lui ne fond que vers 1 300° et que la ligne n'a pas cassé immédiatement. Le cœur en acier a rougi mais n'a pas fondu ( observation de M. Raoul au moment de l'extinction ).

Un second point relatif aux anomalies physiques trouve une solution crédible dans notre hypothèse : la mort des poissons de l'étang n° 2. En effet, la brume ou la pluie qui tombe peut former un chemin conducteur de la ligne à l'eau du bassin. Les gouttelettes de métal en fusion sont également conductrices si elles tombent de façon quasi-continuelle ( phénomène d'ionisation ).

L'étang est une masse d'eau quasi-immobile à partir du déclenchement du phénomène ( arrêt de la pompe électrique, située en bout de ligne ). Le bassin numéro 2 aurait alors reçu une tension électrique ainsi qu'une quantité importante d'oxyde d'aluminium en fusion.

Les poissons de cet étang sont alors soumis à la combinaison de deux phénomènes :

  • une décharge électrique pouvant entraîner la mort instantanée ( lésions, brûlures, etc... ) ou mettre les poissons dans un état léthargique et d'engourdissement important ;

  • un effet d'empoisonnement provoqué par la surabondance des oxydes d'aluminium dans le bassin entraînant la mort progressive des poissons même après une première vidange.

 

5.3. SCENARIO POSSIBLE DES EVENEMENTS

Nous pourrons à partir de ce qui précède envisager de construire un scénario logique.

  • Phase 1
    Ligne en mauvais état, forte humidité de l'air, bruine, pluie fine.

  • Phase 2
    Echauffement de la ligne avec apparition d'un arc de puissance par exemple, au-dessus du 2ème bassin d'une durée de 30" à 1' ( inhabituellement longue ) ayant les conséquences suivantes :

    • lumière très intense (ionisation de l'air),
    • extinction de l'éclairage public commandé par les cellules,
    • fusion de l'aluminium + ou - oxydé qui tombe en gouttes dans le bassin,
    • bruit sourd et saccadé, comme un "poste de soudure".

  • Phase 3
    Fuite de courant le long de la ligne vers le bassin :

    • arrêt de l'alimentation électrique du village ou forte diminution,
    • léthargie et mort de certains poissons.

  • Phase 4
    Arrêt de l'arc de puissance et de la fusion de l'aluminium.
    Disparition du phénomène et rétablissement de la tension électrique.

  • Phase 5
    Empoisonnement progressif des poissons et cassure finale de la ligne au-dessus du 2ème bassin ( 3 jours après ).

Un enchaînement d'incidents électriques constituent donc une hypothèse tout à fait plausible dans le cas de cette enquête, puisqu'il permet d'expliquer de façon cohérente l'ensemble des données.

Il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'un phénomène tout à fait exceptionnel ( longue durée de l'ordre d'une minute ) et qu'au moins un point reste mal compris ( l'absence de disjonction sur la ligne ). Nous considérons cependant que tout prolongement éventuel de cette enquête dans le sens de cette hypothèse n'est plus du ressort du GEPAN. Le cas échéant, les services EDF de recherches sur les anomalies de ligne pourront à la lecture de cette analyse apporter les réponses définitives sur ces derniers points.

Signalons simplement que ces événements ont permis aussi le développement d'une hypothèse à caractère "soucoupiste" chez l'un des témoins. M. Raoul très effrayé au moment de l'observation, a pris l'initiative les jours suivants de téléphoner au restaurateur puis à la Gendarmerie. Ses dépositions utilisent alors un vocabulaire essentiellement descriptif ( "boule lumineuse" ). Par la suite, un groupement privé vint enquêter sur place et rencontrer M. Raoul ( voir compte rendu de cette enquête en Annexe ). Quand vint le GEPAN, M. Raoul avait adopté un discours et un vocabulaire plus interprétatif ( "espèce d'appareil" ) sans pour autant modifier notablement les données descriptives. Cet aspect est particulièrement mis en évidence par la description de la "lumière qui avançait avec la voiture", alors que la réalité correspondait à un phénomène de diffusion atmosphérique très spectaculaire.

 


 




FIN




© CNES